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NPA


Hommage à Irène Borten : les ex de la « Rue de Léningrad »  Voir ?

Irène, notre amie et camarade (longtemps connue comme Dr Irène Borten-Krivine, première épouse de Jean-Michel K) nous a quittéEs, à 90 ans, le 31 juillet après une longue maladie.

Beaucoup d’anciens de la LCR et de la Quatrième Internationale (où elle portait le pseudonyme de Frédérique) se souviennent l’avoir connue « Rue de Léningrad » : son immense appartement où elle exerçait aussi son métier de gynécologue, accueillit chaque année pendant longtemps de joyeux réveillons où se retrouvaient des dizaines de militantEs et amiEs autour de vastes buffets, entre chaleureux bavardages et danses.

C’est aussi là que se tinrent les premières réunions de la « commission femme » de la LCR ou que furent accueilliEs bien des camarades du monde entier - de Petr Uhl et Anna Sabatova (venant de Prague) à Hugo Blanco (du Pérou) et bien d’autres camarades latinos ou encore Théo et Nadia Psaradellis de Grèce.

Irène soutenait les luttes pour l’accès des femmes à la contraception et à l’avortement dans le cadre du Planning familial et du MLAC. Mais elle déployait aussi sa chaleur et son attention pour les droits des femmes – notamment pour leur sexualité épanouie – au coeur même de son activité professionnelle de gynécologue. Elle a co-animé la Société de Gynécologie et Obstétrique Psychosomatique (SFGOP) dont elle fut longtemps secrétaire. Son livre, Médecin de femmes : ce qu’entendent les gynécologues est un témoignage de son parcours de gynécologue engagée.

Elle impressionnait par sa grande culture, sa « stature », son écoute attentive.  Elle nous manquera. Au revoir Irène.

Ses obsèques se dérouleront au crématorium du Père Lachaise, le vendredi 7 août à 15h30. Les mesures de distances sanitaires et de port du masque seront respectées.

Catherine Samary

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Hommage à Irène Borten : les ex de la « Rue de Léningrad »  Voir ?

Irène, notre amie et camarade (longtemps connue comme Dr Irène Borten-Krivine, première épouse de Jean-Michel K) nous a quittéEs, à 90 ans, le 31 juillet après une longue maladie.

Beaucoup d’anciens de la LCR et de la Quatrième Internationale (où elle portait le pseudonyme de Frédérique) se souviennent l’avoir connue « Rue de Léningrad » : son immense appartement où elle exerçait aussi son métier de gynécologue, accueillit chaque année pendant longtemps de joyeux réveillons où se retrouvaient des dizaines de militantEs et amiEs autour de vastes buffets, entre chaleureux bavardages et danses.

C’est aussi là que se tinrent les premières réunions de la « commission femme » de la LCR ou que furent accueilliEs bien des camarades du monde entier - de Petr Uhl et Anna Sabatova (venant de Prague) à Hugo Blanco (du Pérou) et bien d’autres camarades latinos ou encore Théo et Nadia Psaradellis de Grèce.

Irène soutenait les luttes pour l’accès des femmes à la contraception et à l’avortement dans le cadre du Planning familial et du MLAC. Mais elle déployait aussi sa chaleur et son attention pour les droits des femmes – notamment pour leur sexualité épanouie – au coeur même de son activité professionnelle de gynécologue. Elle a co-animé la Société de Gynécologie et Obstétrique Psychosomatique (SFGOP) dont elle fut longtemps secrétaire. Son livre, Médecin de femmes : ce qu’entendent les gynécologues est un témoignage de son parcours de gynécologue engagée.

Elle impressionnait par sa grande culture, sa « stature », son écoute attentive.  Elle nous manquera. Au revoir Irène.

Ses obsèques se dérouleront au crématorium du Père Lachaise, le vendredi 7 août à 15h30. Les mesures de distances sanitaires et de port du masque seront respectées.

Catherine Samary

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(03/08/2020 17h26)

(27/07/2020 11h44)

Les travailleurs protestent en juin contre la multiplication des arriérés de salaires  Voir ?

Article publié sur à L'Encontre. Les protestations des travailleurs se multiplient à nouveau en Chine alors que les entreprises luttent pour s’adapter à la nouvelle réalité économique créée par la pandémie de Covid-19.

Le chômage reste relativement élevé (officiellement 5,7% dans les zones urbaines) car des usines et des prestataires de services sont contraints de fermer, laissant les travailleurs sans salaire et sans emploi. Selon les chiffres officiels, au cours du premier semestre de l’année 2020, le revenu disponible par habitant en Chine a diminué de 1,3% en termes réels par rapport à la même période en 2019. La baisse moyenne pour les résidents urbains a été de 2%.

De nombreux conflits de longue date concernant les arriérés de salaires restent non résolus. Dès lors, les travailleurs et travailleuses n’ont guère d’autre choix que de prendre des mesures collectives pour réclamer leurs salaires.

La carte des grèves du China Labour Bulletin a enregistré 89 incidents en juin. C’est le total mensuel le plus élevé jusqu’à présent cette année, mais il reste inférieur à celui de l’année dernière. Les principales zones de protestation ont été les centres de production de Jiangsu (13 incidents) et la province centrale du Henan (10), qui ont connu un nombre élevé de protestations de la part des travailleurs de la construction qui réclamaient des arriérés de salaires.

Le mois dernier, 21 manifestations d’ouvriers d’usine ont eu lieu, principalement liées à des faillites d’entreprises et à des arriérés de salaires, contre seulement sept incidents de ce type en janvier. Comme nous l’avons noté dans notre bulletin d’information de juillet, il y a eu récemment une augmentation du nombre de protestations des travailleurs des fabricants de masques. De nombreux propriétaires d’entreprises ont réalisé d’énormes bénéfices à court terme grâce à la demande soudaine de masques et autres vêtements de protection. Cependant, avec le ralentissement de la pandémie en Chine, la demande s’est effondrée et les prix ont chuté, laissant les usines avec des tonnes de stocks invendus.

Les travailleurs des industries électroniques, mécaniques et alimentaires ont également protesté. Le 13 juin, plus de 100 travailleurs de l’usine FujiFilm de Suzhou ont protesté contre les arriérés de salaires, mais la police antiémeute a mis fin à cette manifestation. Et la police est également intervenue dans une mobilisation le 17 juin de dizaines de travailleurs d’une usine de production alimentaire à Guangzhou. Elle comptait plusieurs centaines de milliers de yuans d’arriérés de salaire.

Comme nous l’avons indiqué le mois dernier, les manifestations de travailleurs/travailleuses du secteur des services sont encore fréquentes. Il y a eu 15 incidents en juin, principalement des petites manifestations d’employé·e·s de l’hôtellerie et de la restauration, du commerce de détail et des loisirs.

Le secteur de la construction a été le plus touché par les protestations (33 au total), avec quelques conflits concernant des arriérés de salaires remontant à plus d’un an. Les travailleurs de la construction ayant peu de travail, il est devenu impératif pour eux d’obtenir les salaires dus au titre de projets antérieurs. À Jinan, la capitale provinciale du Shandong, par exemple, plus de 70 travailleurs de la construction étaient dans l’attente d’un million de yuans d’arriérés de salaires. Les travailleurs ont fait valoir dans les médias sociaux que leur litige ne porte plus, actuellement, sur leurs propres salaires, mais qu’ils soulignent qu’il s’agit d’un problème pour la société dans son ensemble. Le gouvernement, disaient-ils, avait promis de protéger les salaires des travailleurs migrants mais il n’a rien fait par la suite.

Lors de nombreuses manifestations de travailleurs enregistrées le mois dernier (juin), les gouvernements locaux sont effectivement intervenus, mais avec un effet limité. Le 17 juin, par exemple, des fonctionnaires du gouvernement municipal de Dujiangyan, dans le Sichuan, ont tenté, sans succès, de résoudre un conflit concernant des arriérés de salaires dans le cadre d’un projet géré par le second bureau de construction de Chine. De même, des travailleurs contractuels (intérimaires) de Yangquan, dans le Shanxi, ont organisé une manifestation le 30 juin après avoir adressé à plusieurs reprises une pétition au gouvernement local concernant des arriérés de salaires dans le cadre d’un projet d’infrastructure local.

Afin de mieux comprendre le conflit de Yangquan, des membres du China Labour Bulletin ont contacté le syndicat municipal, auquel les travailleurs avaient également demandé de l’aide. Les responsables du syndicat ont déclaré qu’ils voulaient aider mais qu’ils n’avaient pas l’autorité nécessaire pour intervenir efficacement. Le problème, disaient-ils, était que bien que le principal entrepreneur du projet, Yuancheng Construction, ait créé un syndicat d’entreprise, ce syndicat n’était ouvert qu’aux employés officiels. En tant que tels, les travailleurs contractuels à qui l’on devait des salaires étaient effectivement exclus.

Comme le CLB l’a souligné dans un récent rapport de recherche sur l’industrie de la construction, le syndicat doit être beaucoup plus inclusif. Il doit également s’assurer que tous les travailleurs de la construction deviennent membres d’un syndicat sectoriel à structurer, plutôt que de s’appuyer sur le système archaïque et inefficace des syndicats d’entreprise qui ne s’adressent qu’à la petite minorité des employés formels.

Traduction rédaction A l’Encontre

China Labour Bulletin

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Les travailleurs protestent en juin contre la multiplication des arriérés de salaires  Voir ?

Article publié sur à L'Encontre. Les protestations des travailleurs se multiplient à nouveau en Chine alors que les entreprises luttent pour s’adapter à la nouvelle réalité économique créée par la pandémie de Covid-19.

Le chômage reste relativement élevé (officiellement 5,7% dans les zones urbaines) car des usines et des prestataires de services sont contraints de fermer, laissant les travailleurs sans salaire et sans emploi. Selon les chiffres officiels, au cours du premier semestre de l’année 2020, le revenu disponible par habitant en Chine a diminué de 1,3% en termes réels par rapport à la même période en 2019. La baisse moyenne pour les résidents urbains a été de 2%.

De nombreux conflits de longue date concernant les arriérés de salaires restent non résolus. Dès lors, les travailleurs et travailleuses n’ont guère d’autre choix que de prendre des mesures collectives pour réclamer leurs salaires.

La carte des grèves du China Labour Bulletin a enregistré 89 incidents en juin. C’est le total mensuel le plus élevé jusqu’à présent cette année, mais il reste inférieur à celui de l’année dernière. Les principales zones de protestation ont été les centres de production de Jiangsu (13 incidents) et la province centrale du Henan (10), qui ont connu un nombre élevé de protestations de la part des travailleurs de la construction qui réclamaient des arriérés de salaires.

Le mois dernier, 21 manifestations d’ouvriers d’usine ont eu lieu, principalement liées à des faillites d’entreprises et à des arriérés de salaires, contre seulement sept incidents de ce type en janvier. Comme nous l’avons noté dans notre bulletin d’information de juillet, il y a eu récemment une augmentation du nombre de protestations des travailleurs des fabricants de masques. De nombreux propriétaires d’entreprises ont réalisé d’énormes bénéfices à court terme grâce à la demande soudaine de masques et autres vêtements de protection. Cependant, avec le ralentissement de la pandémie en Chine, la demande s’est effondrée et les prix ont chuté, laissant les usines avec des tonnes de stocks invendus.

Les travailleurs des industries électroniques, mécaniques et alimentaires ont également protesté. Le 13 juin, plus de 100 travailleurs de l’usine FujiFilm de Suzhou ont protesté contre les arriérés de salaires, mais la police antiémeute a mis fin à cette manifestation. Et la police est également intervenue dans une mobilisation le 17 juin de dizaines de travailleurs d’une usine de production alimentaire à Guangzhou. Elle comptait plusieurs centaines de milliers de yuans d’arriérés de salaire.

Comme nous l’avons indiqué le mois dernier, les manifestations de travailleurs/travailleuses du secteur des services sont encore fréquentes. Il y a eu 15 incidents en juin, principalement des petites manifestations d’employé·e·s de l’hôtellerie et de la restauration, du commerce de détail et des loisirs.

Le secteur de la construction a été le plus touché par les protestations (33 au total), avec quelques conflits concernant des arriérés de salaires remontant à plus d’un an. Les travailleurs de la construction ayant peu de travail, il est devenu impératif pour eux d’obtenir les salaires dus au titre de projets antérieurs. À Jinan, la capitale provinciale du Shandong, par exemple, plus de 70 travailleurs de la construction étaient dans l’attente d’un million de yuans d’arriérés de salaires. Les travailleurs ont fait valoir dans les médias sociaux que leur litige ne porte plus, actuellement, sur leurs propres salaires, mais qu’ils soulignent qu’il s’agit d’un problème pour la société dans son ensemble. Le gouvernement, disaient-ils, avait promis de protéger les salaires des travailleurs migrants mais il n’a rien fait par la suite.

Lors de nombreuses manifestations de travailleurs enregistrées le mois dernier (juin), les gouvernements locaux sont effectivement intervenus, mais avec un effet limité. Le 17 juin, par exemple, des fonctionnaires du gouvernement municipal de Dujiangyan, dans le Sichuan, ont tenté, sans succès, de résoudre un conflit concernant des arriérés de salaires dans le cadre d’un projet géré par le second bureau de construction de Chine. De même, des travailleurs contractuels (intérimaires) de Yangquan, dans le Shanxi, ont organisé une manifestation le 30 juin après avoir adressé à plusieurs reprises une pétition au gouvernement local concernant des arriérés de salaires dans le cadre d’un projet d’infrastructure local.

Afin de mieux comprendre le conflit de Yangquan, des membres du China Labour Bulletin ont contacté le syndicat municipal, auquel les travailleurs avaient également demandé de l’aide. Les responsables du syndicat ont déclaré qu’ils voulaient aider mais qu’ils n’avaient pas l’autorité nécessaire pour intervenir efficacement. Le problème, disaient-ils, était que bien que le principal entrepreneur du projet, Yuancheng Construction, ait créé un syndicat d’entreprise, ce syndicat n’était ouvert qu’aux employés officiels. En tant que tels, les travailleurs contractuels à qui l’on devait des salaires étaient effectivement exclus.

Comme le CLB l’a souligné dans un récent rapport de recherche sur l’industrie de la construction, le syndicat doit être beaucoup plus inclusif. Il doit également s’assurer que tous les travailleurs de la construction deviennent membres d’un syndicat sectoriel à structurer, plutôt que de s’appuyer sur le système archaïque et inefficace des syndicats d’entreprise qui ne s’adressent qu’à la petite minorité des employés formels.

Traduction rédaction A l’Encontre

China Labour Bulletin

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(27/07/2020 10h55)

Anthony Smith ne doit pas être sanctionné !  Voir ?

Anthony Smith, inspecteur du travail de la Marne suspendu depuis le 15 avril 2020 après avoir exigé la mise en œuvre de mesures de protection du personnel d’un association d’aide à domicile contre la Covid-19, passait en conseil de discipline ce 21 juillet 2020.

L’administration a annoncé la couleur : elle envisage soit une exclusion temporaire de trois mois sans salaire, soit une mutation d’office. La décision finale revient à la ministre du travail, Elisabeth Borne.

Ce niveau est particulièrement élevé dans l’échelle des sanctions applicables aux fonctionnaires et inédit au sein du ministère du travail pour des faits relevant de l’exercice de la mission de contrôle des entreprises, que l’administration tente de maquiller en détournement de fonction puisqu’elle reproche à Anthony d’avoir utilisé ses prérogatives pour appliquer l’orientation de son syndicat plutôt que les instructions de son ministère.

Mais surtout, il marque la volonté par l’administration d’expulser Anthony de l’inspection du travail, soit temporairement soit définitivement. Un premier message est lancé dans l’acharnement à vouloir sanctionner : les inspecteur-trices vont devoir se tenir à carreau s’ils-elles ne veulent pas subir un sort similaire, dans une opération qui ne consiste plus seulement à mettre au pas ou à entraver les agent-es qui, au quotidien, font l’inspection du travail, mais à les affronter et les en chasser. Dans cette optique, il n’y a aucun hasard dans le fait de s’attaquer à un dirigeant du syndicat majoritaire au ministère du travail, dont la ministre cherche à casser la légitimité.

Contradictoirement, l’administration montre son hésitation sur l’endroit où elle doit placer le curseur et sur la force du signal qu’elle doit envoyer aux agent-es de l’inspection du travail, ce qui renvoie en dernière analyse au rapport de forces qu’ils-elles, avec leurs syndicats, sont parvenu-es à créer en débordant largement du cadre du ministère du travail.

Le soutien à Anthony, en effet, ne faiblit pas. Pendant toute la durée du conseil de discipline, devant l’immeuble de la DRH où il était convoqué, se sont rassemblées à l’appel de l’intersyndicale CGT-SUD-FSU-FO-CNT plus de 500 personnes, mêlant agent-es du ministère du travail et personnalités du monde syndical, associatif et politique, qui ont pu s’exprimer lors d’un tour de parole (dont notre camarade Antoine pour le NPA). La pétition grand public n’est pas loin d’atteindre les 150 000 signatures. Au cours du conseil de discipline a été remis un appel public signé par 1 312 agent-es du ministère du travail, un chiffre aussi inédit que massif à l’échelle de nos services. La ministre du travail et ses directeurs d’administration centrale sont totalement discrédité-es, ils-elle ont contre eux une très grande majorité des agent-es de l’inspection du travail, ce qui peut rendre la situation explosive.

Anthony n’a commis aucune faute en demandant des protections au moment où éclatait le scandale de la pénurie de masques. Comme le souligne l’intersyndicale, c’est plutôt à la chaîne hiérarchique du ministère du travail de rendre des comptes : c’est elle qui s’est exécutée quand le président du conseil départemental a demandé la mise à l’écart d’Anthony ; c’est elle qui, par une manœuvre grossière, tente de renverser les responsabilités et de faire oublier l’incurie du gouvernement. Les agent-es du ministère du travail n’oublieront pas. C’est un premier résultat de la lutte, et pas des moindres, que d’avoir réussi à créer un vaste mouvement de solidarité et à remettre les choses à l’endroit, et c’est sur cet appui que la bataille continuera si la ministre passe outre et sanctionne.

Comité NPA inspection du travail

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Anthony Smith ne doit pas être sanctionné !  Voir ?

Anthony Smith, inspecteur du travail de la Marne suspendu depuis le 15 avril 2020 après avoir exigé la mise en œuvre de mesures de protection du personnel d’un association d’aide à domicile contre la Covid-19, passait en conseil de discipline ce 21 juillet 2020.

L’administration a annoncé la couleur : elle envisage soit une exclusion temporaire de trois mois sans salaire, soit une mutation d’office. La décision finale revient à la ministre du travail, Elisabeth Borne.

Ce niveau est particulièrement élevé dans l’échelle des sanctions applicables aux fonctionnaires et inédit au sein du ministère du travail pour des faits relevant de l’exercice de la mission de contrôle des entreprises, que l’administration tente de maquiller en détournement de fonction puisqu’elle reproche à Anthony d’avoir utilisé ses prérogatives pour appliquer l’orientation de son syndicat plutôt que les instructions de son ministère.

Mais surtout, il marque la volonté par l’administration d’expulser Anthony de l’inspection du travail, soit temporairement soit définitivement. Un premier message est lancé dans l’acharnement à vouloir sanctionner : les inspecteur-trices vont devoir se tenir à carreau s’ils-elles ne veulent pas subir un sort similaire, dans une opération qui ne consiste plus seulement à mettre au pas ou à entraver les agent-es qui, au quotidien, font l’inspection du travail, mais à les affronter et les en chasser. Dans cette optique, il n’y a aucun hasard dans le fait de s’attaquer à un dirigeant du syndicat majoritaire au ministère du travail, dont la ministre cherche à casser la légitimité.

Contradictoirement, l’administration montre son hésitation sur l’endroit où elle doit placer le curseur et sur la force du signal qu’elle doit envoyer aux agent-es de l’inspection du travail, ce qui renvoie en dernière analyse au rapport de forces qu’ils-elles, avec leurs syndicats, sont parvenu-es à créer en débordant largement du cadre du ministère du travail.

Le soutien à Anthony, en effet, ne faiblit pas. Pendant toute la durée du conseil de discipline, devant l’immeuble de la DRH où il était convoqué, se sont rassemblées à l’appel de l’intersyndicale CGT-SUD-FSU-FO-CNT plus de 500 personnes, mêlant agent-es du ministère du travail et personnalités du monde syndical, associatif et politique, qui ont pu s’exprimer lors d’un tour de parole (dont notre camarade Antoine pour le NPA). La pétition grand public n’est pas loin d’atteindre les 150 000 signatures. Au cours du conseil de discipline a été remis un appel public signé par 1 312 agent-es du ministère du travail, un chiffre aussi inédit que massif à l’échelle de nos services. La ministre du travail et ses directeurs d’administration centrale sont totalement discrédité-es, ils-elle ont contre eux une très grande majorité des agent-es de l’inspection du travail, ce qui peut rendre la situation explosive.

Anthony n’a commis aucune faute en demandant des protections au moment où éclatait le scandale de la pénurie de masques. Comme le souligne l’intersyndicale, c’est plutôt à la chaîne hiérarchique du ministère du travail de rendre des comptes : c’est elle qui s’est exécutée quand le président du conseil départemental a demandé la mise à l’écart d’Anthony ; c’est elle qui, par une manœuvre grossière, tente de renverser les responsabilités et de faire oublier l’incurie du gouvernement. Les agent-es du ministère du travail n’oublieront pas. C’est un premier résultat de la lutte, et pas des moindres, que d’avoir réussi à créer un vaste mouvement de solidarité et à remettre les choses à l’endroit, et c’est sur cet appui que la bataille continuera si la ministre passe outre et sanctionne.

Comité NPA inspection du travail

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(27/07/2020 10h50)

14 juillet 1953 à Paris : un massacre « porté disparu »  Voir ?

Le 14 juillet 1953, une manifestation anticoloniale est réprimée dans le sang à Paris : sept morts, tués par balles, par la police. Un massacre oublié.

La manifestation avait lieu à l’appel du PCF et de la CGT, suivant une tradition de contre-manifestation le 14 juillet, visant à ne pas laisser la rue pour l’anniversaire de la prise de la Bastille aux seuls cortèges militaires. Les AlgérienEs forment, comme les années précédentes, un cortège autonome, encadré par le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, dont le leader Messali Hadj est alors en prison. Les mots d’ordre sont clairs : «  À bas le colonialisme  », «  Nous voulons l’indépendance  ». Un grand portrait de Messali Hadj ouvre le cortège. 

«  Ils ont tiré à balles réelles ! »

En 1953, le contexte est tendu. Les manifestations du 1er mai 1953 ont déjà été l'occasion de violences policières. Un an plus tôt, le 28 mai 1952, le communiste algérien Hocine Bélaïd avait été tué lors de la manif contre la venue en France du général étatsunien Ridgway, accusé d’utiliser des armes bactériologiques en Corée. En Tunisie, au Maroc, en Algérie, les mouvements décoloniaux étaient sévèrement réprimés, et les forces de l’ordre n’hésitaient pas à ouvrir le feu…

La manifestation est donc surveillée : les pancartes ou drapeaux et banderoles « injurieuses » ont été interdites par la préfecture de police de Paris, ainsi que les chants et cris « séditieux » (ce qui est vague…). Le cortège emprunte un parcours traditionnel (République-Bastille-Nation) Déjà les choses se tendent rue du Faubourg-Saint-Antoine : des parachutistes d’Indochine en permission attaquent les manifestants.

Le drame se déroule à la fin de la manifestation, place de la Nation, alors que les manifestantEs se dispersent. La police exige le retrait du portrait de Messali. Devant le refus des Algériens, une charge violente des forces de l’ordre commence. Soudain, un cri : «  Ils ont tiré à balles réelles ! » Les AlgérienEs ripostent. Jusqu’à 17h30, sous une pluie battante qui contribue à augmenter la confusion, la place de la Nation, abandonnée par les organisateurs du défilé, se transforme en champ de bataille. À 17h30, le calme était revenu et à 18 heures, la place de la Nation était dégagée mais elle était jonchée de débris et de corps de manifestantEs tuéEs ou blesséEs par des tirs qui furent particulièrement nombreux et nourris.

Enterrés au Père-Lachaise

Six Algériens (Abdelkader Draris, Larbi Daoui, Abdallah Bacha, Mouloud Illoul, Tahar Madjène, Amar Tadjadit) et un Français (Maurice Lurot, militant CGT) restent au sol. Tués. Quarante-huit autres manifestants sont blessés par balles (210 douilles seront retrouvées, donnant une idée de la répression). Sans compter les matraqués, les tabassés. «  Les escaliers du métro étaient ensanglantés  », raconte un témoin.

Comme on pouvait s’y attendre, le gouvernement, comme une partie de la presse, affirme que ce sont les manifestantEs qui ont cherché l’affrontement. C’est la thèse, classique, de la légitime défense… Le bilan humain laisse pourtant peu de doute quant à l’usage différencié de la force par les deux groupes en présence.

Le 21 juillet, la CGT, le PCF, le Mrap et diverses personnalités organisent une soirée de protestation et appellent à des arrêts de travail le jour des obsèques. Les corps des sept victimes sont exposés à la Maison des Métallos pour un dernier hommage. Les victimes sont enterrées près du mur des fédérés au Père-Lachaise.

Omerta d’État

À la tête de l’État, l’omerta s’organise. Le gouvernement dépose dès le 15 juillet une plainte contre X pour « rébellion et violence envers une personne dépositaire de la force publique » : dans ce cadre, aucune enquête n'est prévue sur les tirs policiers. Le gouvernement, la préfecture et une bonne partie de la presse mentent en disant que les AlgérienNEs avaient aussi des armes à feu, faisant état de preuves qui n’existent pas. Il semble que les policiers aient échappé à l’autorité de leurs chefs. Ils ont tiré sans que l’ordre leur en ait été donné, mais ils savaient pertinemment que la hiérarchie n’aurait pas d’autre solution que de les couvrir.

Des familles de victimes se constituent pourtant en partie civile ; un juge d’instruction (qui hasard de l’histoire se nommait Jaurès) est saisi. Mais La procédure aboutit à un non-lieu le 22 octobre 1957… Malgré quelques commémorations les années suivantes, le 14 juillet 1953 sera enfoui, en France et en Algérie, et même la mémoire militante sera bientôt effacée, occulté par les massacres suivant du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962 (Charonne). 

Cet événement reste donc aujourd’hui encore « porté disparu » (selon la formule d’Emmanuel Blanchard) : il s’agissait pourtant de la première fois depuis 1937 que la police parisienne faisait mortellement feu sur des manifestants en métropole. Daniel Kupferstein a procédé à une enquête minutieuse sur ce massacre policier à Paris, réalisant un documentaire précis, puis un ouvrage riche en témoignages1.

Les travaux d’Emmanuel Blanchard, Alain Ruscio, Maurice Rajsfus et Danielle Tartakowsky permettent aussi d’en savoir plus sur ce massacre occulté2.

  • 1. Daniel Kupferstein, Les balles du 14 juillet 1953 (documentaire, 2014, et livre à la Découverte, 2017).
  • 2. À lire notamment : Emmanuel Blanchard, « 14 juillet 1953 : répression coloniale, massacre d’État », sur Contretemps-web : https://www.contretemps.eu/14-juillet-19...
Mathilde Larrère

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14 juillet 1953 à Paris : un massacre « porté disparu »  Voir ?

Le 14 juillet 1953, une manifestation anticoloniale est réprimée dans le sang à Paris : sept morts, tués par balles, par la police. Un massacre oublié.

La manifestation avait lieu à l’appel du PCF et de la CGT, suivant une tradition de contre-manifestation le 14 juillet, visant à ne pas laisser la rue pour l’anniversaire de la prise de la Bastille aux seuls cortèges militaires. Les AlgérienEs forment, comme les années précédentes, un cortège autonome, encadré par le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, dont le leader Messali Hadj est alors en prison. Les mots d’ordre sont clairs : «  À bas le colonialisme  », «  Nous voulons l’indépendance  ». Un grand portrait de Messali Hadj ouvre le cortège. 

«  Ils ont tiré à balles réelles ! »

En 1953, le contexte est tendu. Les manifestations du 1er mai 1953 ont déjà été l'occasion de violences policières. Un an plus tôt, le 28 mai 1952, le communiste algérien Hocine Bélaïd avait été tué lors de la manif contre la venue en France du général étatsunien Ridgway, accusé d’utiliser des armes bactériologiques en Corée. En Tunisie, au Maroc, en Algérie, les mouvements décoloniaux étaient sévèrement réprimés, et les forces de l’ordre n’hésitaient pas à ouvrir le feu…

La manifestation est donc surveillée : les pancartes ou drapeaux et banderoles « injurieuses » ont été interdites par la préfecture de police de Paris, ainsi que les chants et cris « séditieux » (ce qui est vague…). Le cortège emprunte un parcours traditionnel (République-Bastille-Nation) Déjà les choses se tendent rue du Faubourg-Saint-Antoine : des parachutistes d’Indochine en permission attaquent les manifestants.

Le drame se déroule à la fin de la manifestation, place de la Nation, alors que les manifestantEs se dispersent. La police exige le retrait du portrait de Messali. Devant le refus des Algériens, une charge violente des forces de l’ordre commence. Soudain, un cri : «  Ils ont tiré à balles réelles ! » Les AlgérienEs ripostent. Jusqu’à 17h30, sous une pluie battante qui contribue à augmenter la confusion, la place de la Nation, abandonnée par les organisateurs du défilé, se transforme en champ de bataille. À 17h30, le calme était revenu et à 18 heures, la place de la Nation était dégagée mais elle était jonchée de débris et de corps de manifestantEs tuéEs ou blesséEs par des tirs qui furent particulièrement nombreux et nourris.

Enterrés au Père-Lachaise

Six Algériens (Abdelkader Draris, Larbi Daoui, Abdallah Bacha, Mouloud Illoul, Tahar Madjène, Amar Tadjadit) et un Français (Maurice Lurot, militant CGT) restent au sol. Tués. Quarante-huit autres manifestants sont blessés par balles (210 douilles seront retrouvées, donnant une idée de la répression). Sans compter les matraqués, les tabassés. «  Les escaliers du métro étaient ensanglantés  », raconte un témoin.

Comme on pouvait s’y attendre, le gouvernement, comme une partie de la presse, affirme que ce sont les manifestantEs qui ont cherché l’affrontement. C’est la thèse, classique, de la légitime défense… Le bilan humain laisse pourtant peu de doute quant à l’usage différencié de la force par les deux groupes en présence.

Le 21 juillet, la CGT, le PCF, le Mrap et diverses personnalités organisent une soirée de protestation et appellent à des arrêts de travail le jour des obsèques. Les corps des sept victimes sont exposés à la Maison des Métallos pour un dernier hommage. Les victimes sont enterrées près du mur des fédérés au Père-Lachaise.

Omerta d’État

À la tête de l’État, l’omerta s’organise. Le gouvernement dépose dès le 15 juillet une plainte contre X pour « rébellion et violence envers une personne dépositaire de la force publique » : dans ce cadre, aucune enquête n'est prévue sur les tirs policiers. Le gouvernement, la préfecture et une bonne partie de la presse mentent en disant que les AlgérienNEs avaient aussi des armes à feu, faisant état de preuves qui n’existent pas. Il semble que les policiers aient échappé à l’autorité de leurs chefs. Ils ont tiré sans que l’ordre leur en ait été donné, mais ils savaient pertinemment que la hiérarchie n’aurait pas d’autre solution que de les couvrir.

Des familles de victimes se constituent pourtant en partie civile ; un juge d’instruction (qui hasard de l’histoire se nommait Jaurès) est saisi. Mais La procédure aboutit à un non-lieu le 22 octobre 1957… Malgré quelques commémorations les années suivantes, le 14 juillet 1953 sera enfoui, en France et en Algérie, et même la mémoire militante sera bientôt effacée, occulté par les massacres suivant du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962 (Charonne). 

Cet événement reste donc aujourd’hui encore « porté disparu » (selon la formule d’Emmanuel Blanchard) : il s’agissait pourtant de la première fois depuis 1937 que la police parisienne faisait mortellement feu sur des manifestants en métropole. Daniel Kupferstein a procédé à une enquête minutieuse sur ce massacre policier à Paris, réalisant un documentaire précis, puis un ouvrage riche en témoignages1.

Les travaux d’Emmanuel Blanchard, Alain Ruscio, Maurice Rajsfus et Danielle Tartakowsky permettent aussi d’en savoir plus sur ce massacre occulté2.

  • 1. Daniel Kupferstein, Les balles du 14 juillet 1953 (documentaire, 2014, et livre à la Découverte, 2017).
  • 2. À lire notamment : Emmanuel Blanchard, « 14 juillet 1953 : répression coloniale, massacre d’État », sur Contretemps-web : https://www.contretemps.eu/14-juillet-19...
Mathilde Larrère

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(27/07/2020 10h35)

Zeev Sternhell, historien des origines du fascisme français  Voir ?

Les travaux de Zeev Sternhell ont montré que le fascisme en France n’a pas été un phénomène d’importation et, au contraire, a des racines nationales remontant à la fin du XIXe siècle.

Lhistorien israélien Zeev Sternhell est décédé le 21 juin dernier. Rescapé du judéocide, durant lequel une grande partie de sa famille est exterminée, il sera par la suite un militant de la gauche sioniste, engagé dans le mouvement La paix maintenant. Son histoire personnelle, en particulier son enfance dans la Pologne nazifiée, relève du roman et le lecteur intéressé trouvera facilement d’utiles informations sur Ie Net. Mais c’est en tant qu’universitaire, spécialiste du fascisme, que l’on va s’intéresser à lui dans cette contribution.

En effet, les principaux travaux de l’historien ont porté sur la question du nationalisme (son premier livre traitait du cas de Barrès, Maurice Barrès et le nationalisme français, 1e édition 1972) et du fascisme (La droite révolutionnaire, 1885-1914, Seuil 1978 et Ni droite ni gauche, 1e édition 1983). L’idéologie fasciste en France, Seuil, 1983). Si le premier livre reçoit un accueil très positif de la part de la part de la communauté historienne nationale, c’est d’une part parce qu’il provient d’un élève de Jean Touchard, historien des gauches et pilier de Sciences po et d’autre part qu’il s’inscrit globalement dans le cadre interprétatif incontesté de la droite en France, même s’il laisse entrevoir quelques éléments de rupture avec les traditions universitaires hexagonales. Pour comprendre l’ébranlement que constituera la publication des deux ouvrages suivants, il faut avoir à l’esprit la manière dont la droite a été perçue au sein de l’historiographie nationale. René Rémond publie en 1954 un ouvrage qui fait office de référence et structure le débat pour les décennies à venir.

Les trois droites

En effet, dans La droite en France de 1815 à nos jours. Continuité et diversité d’une tradition politique, étude fouillée, érudite et conceptuelle de René Rémond, il analyse comment à partir du début du XIXe siècle, la droite s’organise en trois sensibilités : légitimiste, orléaniste et bonapartiste. Du point de vue historique, le premier pôle est celui du légitimisme, héritier du royalisme et de l’Ancien régime. C’est durant l’épisode révolutionnaire que la réaction se met en place, pour contester les principes démocratiques issus de 1789 et du courant des Lumières (un De Villiers pourrait incarner aujourd’hui cette tradition). C’est précisément ce courant qui gouverne de 1815 à 1830 dans une vaine tentative de reconstruction de la royauté. L’orléanisme, issu également du monarchisme, s’en distingue en reconnaissant l’apport révolutionnaire, en particulier le principe parlementaire et l’expression du suffrage (même s’il le préfère censitaire qu’universel). L’orléanisme se marie à la perfection avec le libéralisme économique. L’ancien président Valery Giscard d’Estaing exprime parfaitement ce que peut représenter l’orléanisme. Enfin, le bonapartisme (de manière contemporaine la figure de De Gaulle a pu illustrer ce pôle) insiste sur la personne du souverain et assume un exercice autoritaire du pouvoir. Des trois courants, c’est le seul qui recherche de manière constante le soutien du peuple, qu’il mobilise à travers des plébiscites. Le bonapartisme est méfiant à l’égard du parlementarisme et des partis qui le structurent. La thèse aura un succès considérable, suscitera de nombreux échanges et débats, mais ne sera pas frontalement mise en cause.

René Rémond, cependant, n’élude pas la question du régime de Vichy et des courants d’extrême droite qui ont émaillé les années trente. Alors que jusqu’alors les travaux portant sur les Ligues concevaient ces dernières comme des importations du courant fasciste international (en particulier italien, dès le courant des années vingt), R. Rémond considère, à l’aune de sa matrice d’analyse des droites, que le phénomène des Ligues se présente comme une adaptation du boulangisme1, lui-même inspiré et dérivant du bonapartisme. Mis à part le cas particulier du PPF (Parti populaire français, de Jacques Doriot), en provenance du communisme, pas de courant fasciste en France. Quant à Vichy, pas trace non plus de l’émergence d’un régime fasciste à la française. « L’État français », comme se dénomme le régime de Vichy, mélange et entremêle les différentes traditions plutôt qu’il ne crée une quatrième tradition, relevant du fascisme (sur ce plan particulier de Vichy, la discussion sera ouverte par le livre de l’historien américain Robert Paxton, La France de Vichy, 1940-44, Seuil, 1973). Bref, à l’issue de la démonstration de René Rémond, on peut parler, pour ce qui concerne la France « d’une allergie au fascisme ».

La France berceau de l’idéologie fasciste ?

C’est précisément ce consensus que les travaux suivants de Sternhell vont faire voler en éclats. En effet, selon lui, le fascisme, mélange de volonté révolutionnaire (incluant donc une dimension de gauche) et de conservatisme nationaliste (donc des traditions de droite), non seulement n’est pas étranger à la tradition française, mais, mieux, la France serait le terreau de l’idéologie fasciste. Le sous-titre de La droite révolutionnaire, 1885-1914 apparaît, de ce point de vue, tout à fait explicite : Les origines françaises du fascisme. Dans ce premier ouvrage, qui porte sur l’articulation entre le 19e et le 20e siècle, Sternhell revient sur le boulangisme et les Ligues qui en sont issues pour montrer que l’antisémitisme est aussi un produit de gauche qui a connu une assise de masse à travers le mouvement syndical des Jaunes2. Par ailleurs, au sein du cercle Proudhon (fondé en 1911), se rencontrent un ensemble de syndicalistes révolutionnaires, de monarchistes en mal de rupture et de conservateurs qui souhaitent la rupture avec la république, lesquels élaborent une forme de corporatisme ainsi qu’une variante antidémocratique d’extrême gauche.

L’ouvrage suivant, Ni droite ni gauche, porte sur la période de l’entre-deux guerres et enfonce le clou. Centré sur quelques figures intellectuelles, issues de la gauche et du marxisme (Marcel Déat, Henri de Man, Georges Sorel, Georges Valois, Henri Mounier ou encore Bertrand de Jouvenel), le livre insiste sur la profonde imprégnation fasciste d’une large partie des milieux intellectuels. Il n’est pas étonnant, insiste Sternhell, que leur influence ait été si importante sur le caractère révolutionnaire des réformes entreprises par le régime de Vichy. 

Des années 30 au FN

Les recherches de Sternhell suscitèrent une ardente querelle académique qui se poursuivit durant de nombreuses années et qui n’est pas véritablement close si l’on considère la traduction récente du livre dirigé par Brian Jenkins, le Fascisme français. Le 6 février 1934 et le déclin de la République (2020). Il n’est pas possible dans le cadre de cet article d’évoquer les centaines de contributions, sous formes d’articles ou de livres, qui ont été suscitées par la rupture impliquée par les travaux de l’historien israélien. On se limitera à évoquer deux ouvrages. Le premier, dirigé par Sternhell, L’Histoire refoulée. La Rocque, les Croix de feu et la question du fascisme français (Cerf, 2019) est une relecture du rôle que joua le PSF (Parti social Français, dirigé par le colonel de La Rocque), principal parti de la droite ultra-conservatrice en France durant les années trente. Le biographe de La Rocque (J. Nobécourt, De la Rocque, 1885-1946, Fayard, 1996) dresse son portrait comme celui d’un conservateur chrétien, certes radical (n’avait-il pas été parmi les créateurs des Croix de feu, la principale ligue antiparlementaire, avant de créer le PSF) mais éloigné de toute accointance avec le fascisme. Les contributions rassemblées dans l’Histoire refoulée, proposent une série d’analyses qui penchent pour un portrait nettement moins consensuel en insistant sur le culte du chef charismatique, sur l’antiparlementarisme foncier, les travers antisémites et l’exaltation du pouvoir autoritaire, autant de dimensions d’une culture politique développée au sein des Croix de feu puis du PSF qui apparentent ces derniers au fascisme. Le deuxième livre, qui comporte une postface de Zeev Sternhell (M. Dobry, dir., le Mythe de l’allergie française au fascisme, Albin Michel, 2003), est antérieur. Il présente deux intérêts. Tout d’abord, il rompt avec l’appartenance à la stricte communauté des historiens, puisqu’il rassemble des textes de sociologues ou de politistes. La discussion sur la place du fascisme dans la tradition politique républicain et démocratique hexagonale n’est pas réservée au passé. Ensuite, directement liés à ce qui précède, ces débats ont des échos tout à fait contemporains. Les contributions de Violaine Roussel et Annie Collovald, sur le Front national et l’identité de ce parti tel qu’elle s’exprime à travers les dénominations, national populiste, indiquent clairement que la culture politique nationale n’en a pas fini avec le fascisme, même si l’on ne saurait plaquer de manière mécanique des catégories historiques-politiques (par exemple le fascisme) sur le présent.

  • 1. Mouvement politique hétérogène de la fin du 19e siècle (1885-1889) qui sembla constituer une menace pour la Troisième République. Son nom est dérivé de celui du général Georges Boulanger.
  • 2. La fédération des Jaunes fondé en 1901-1902 à partir de regroupements locaux est un mouvement syndical pro-patronal, violement hostile au développement du syndicalisme qu’incarne alors la CGT.
Georges Ubbiali

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Zeev Sternhell, historien des origines du fascisme français  Voir ?

Les travaux de Zeev Sternhell ont montré que le fascisme en France n’a pas été un phénomène d’importation et, au contraire, a des racines nationales remontant à la fin du XIXe siècle.

Lhistorien israélien Zeev Sternhell est décédé le 21 juin dernier. Rescapé du judéocide, durant lequel une grande partie de sa famille est exterminée, il sera par la suite un militant de la gauche sioniste, engagé dans le mouvement La paix maintenant. Son histoire personnelle, en particulier son enfance dans la Pologne nazifiée, relève du roman et le lecteur intéressé trouvera facilement d’utiles informations sur Ie Net. Mais c’est en tant qu’universitaire, spécialiste du fascisme, que l’on va s’intéresser à lui dans cette contribution.

En effet, les principaux travaux de l’historien ont porté sur la question du nationalisme (son premier livre traitait du cas de Barrès, Maurice Barrès et le nationalisme français, 1e édition 1972) et du fascisme (La droite révolutionnaire, 1885-1914, Seuil 1978 et Ni droite ni gauche, 1e édition 1983). L’idéologie fasciste en France, Seuil, 1983). Si le premier livre reçoit un accueil très positif de la part de la part de la communauté historienne nationale, c’est d’une part parce qu’il provient d’un élève de Jean Touchard, historien des gauches et pilier de Sciences po et d’autre part qu’il s’inscrit globalement dans le cadre interprétatif incontesté de la droite en France, même s’il laisse entrevoir quelques éléments de rupture avec les traditions universitaires hexagonales. Pour comprendre l’ébranlement que constituera la publication des deux ouvrages suivants, il faut avoir à l’esprit la manière dont la droite a été perçue au sein de l’historiographie nationale. René Rémond publie en 1954 un ouvrage qui fait office de référence et structure le débat pour les décennies à venir.

Les trois droites

En effet, dans La droite en France de 1815 à nos jours. Continuité et diversité d’une tradition politique, étude fouillée, érudite et conceptuelle de René Rémond, il analyse comment à partir du début du XIXe siècle, la droite s’organise en trois sensibilités : légitimiste, orléaniste et bonapartiste. Du point de vue historique, le premier pôle est celui du légitimisme, héritier du royalisme et de l’Ancien régime. C’est durant l’épisode révolutionnaire que la réaction se met en place, pour contester les principes démocratiques issus de 1789 et du courant des Lumières (un De Villiers pourrait incarner aujourd’hui cette tradition). C’est précisément ce courant qui gouverne de 1815 à 1830 dans une vaine tentative de reconstruction de la royauté. L’orléanisme, issu également du monarchisme, s’en distingue en reconnaissant l’apport révolutionnaire, en particulier le principe parlementaire et l’expression du suffrage (même s’il le préfère censitaire qu’universel). L’orléanisme se marie à la perfection avec le libéralisme économique. L’ancien président Valery Giscard d’Estaing exprime parfaitement ce que peut représenter l’orléanisme. Enfin, le bonapartisme (de manière contemporaine la figure de De Gaulle a pu illustrer ce pôle) insiste sur la personne du souverain et assume un exercice autoritaire du pouvoir. Des trois courants, c’est le seul qui recherche de manière constante le soutien du peuple, qu’il mobilise à travers des plébiscites. Le bonapartisme est méfiant à l’égard du parlementarisme et des partis qui le structurent. La thèse aura un succès considérable, suscitera de nombreux échanges et débats, mais ne sera pas frontalement mise en cause.

René Rémond, cependant, n’élude pas la question du régime de Vichy et des courants d’extrême droite qui ont émaillé les années trente. Alors que jusqu’alors les travaux portant sur les Ligues concevaient ces dernières comme des importations du courant fasciste international (en particulier italien, dès le courant des années vingt), R. Rémond considère, à l’aune de sa matrice d’analyse des droites, que le phénomène des Ligues se présente comme une adaptation du boulangisme1, lui-même inspiré et dérivant du bonapartisme. Mis à part le cas particulier du PPF (Parti populaire français, de Jacques Doriot), en provenance du communisme, pas de courant fasciste en France. Quant à Vichy, pas trace non plus de l’émergence d’un régime fasciste à la française. « L’État français », comme se dénomme le régime de Vichy, mélange et entremêle les différentes traditions plutôt qu’il ne crée une quatrième tradition, relevant du fascisme (sur ce plan particulier de Vichy, la discussion sera ouverte par le livre de l’historien américain Robert Paxton, La France de Vichy, 1940-44, Seuil, 1973). Bref, à l’issue de la démonstration de René Rémond, on peut parler, pour ce qui concerne la France « d’une allergie au fascisme ».

La France berceau de l’idéologie fasciste ?

C’est précisément ce consensus que les travaux suivants de Sternhell vont faire voler en éclats. En effet, selon lui, le fascisme, mélange de volonté révolutionnaire (incluant donc une dimension de gauche) et de conservatisme nationaliste (donc des traditions de droite), non seulement n’est pas étranger à la tradition française, mais, mieux, la France serait le terreau de l’idéologie fasciste. Le sous-titre de La droite révolutionnaire, 1885-1914 apparaît, de ce point de vue, tout à fait explicite : Les origines françaises du fascisme. Dans ce premier ouvrage, qui porte sur l’articulation entre le 19e et le 20e siècle, Sternhell revient sur le boulangisme et les Ligues qui en sont issues pour montrer que l’antisémitisme est aussi un produit de gauche qui a connu une assise de masse à travers le mouvement syndical des Jaunes2. Par ailleurs, au sein du cercle Proudhon (fondé en 1911), se rencontrent un ensemble de syndicalistes révolutionnaires, de monarchistes en mal de rupture et de conservateurs qui souhaitent la rupture avec la république, lesquels élaborent une forme de corporatisme ainsi qu’une variante antidémocratique d’extrême gauche.

L’ouvrage suivant, Ni droite ni gauche, porte sur la période de l’entre-deux guerres et enfonce le clou. Centré sur quelques figures intellectuelles, issues de la gauche et du marxisme (Marcel Déat, Henri de Man, Georges Sorel, Georges Valois, Henri Mounier ou encore Bertrand de Jouvenel), le livre insiste sur la profonde imprégnation fasciste d’une large partie des milieux intellectuels. Il n’est pas étonnant, insiste Sternhell, que leur influence ait été si importante sur le caractère révolutionnaire des réformes entreprises par le régime de Vichy. 

Des années 30 au FN

Les recherches de Sternhell suscitèrent une ardente querelle académique qui se poursuivit durant de nombreuses années et qui n’est pas véritablement close si l’on considère la traduction récente du livre dirigé par Brian Jenkins, le Fascisme français. Le 6 février 1934 et le déclin de la République (2020). Il n’est pas possible dans le cadre de cet article d’évoquer les centaines de contributions, sous formes d’articles ou de livres, qui ont été suscitées par la rupture impliquée par les travaux de l’historien israélien. On se limitera à évoquer deux ouvrages. Le premier, dirigé par Sternhell, L’Histoire refoulée. La Rocque, les Croix de feu et la question du fascisme français (Cerf, 2019) est une relecture du rôle que joua le PSF (Parti social Français, dirigé par le colonel de La Rocque), principal parti de la droite ultra-conservatrice en France durant les années trente. Le biographe de La Rocque (J. Nobécourt, De la Rocque, 1885-1946, Fayard, 1996) dresse son portrait comme celui d’un conservateur chrétien, certes radical (n’avait-il pas été parmi les créateurs des Croix de feu, la principale ligue antiparlementaire, avant de créer le PSF) mais éloigné de toute accointance avec le fascisme. Les contributions rassemblées dans l’Histoire refoulée, proposent une série d’analyses qui penchent pour un portrait nettement moins consensuel en insistant sur le culte du chef charismatique, sur l’antiparlementarisme foncier, les travers antisémites et l’exaltation du pouvoir autoritaire, autant de dimensions d’une culture politique développée au sein des Croix de feu puis du PSF qui apparentent ces derniers au fascisme. Le deuxième livre, qui comporte une postface de Zeev Sternhell (M. Dobry, dir., le Mythe de l’allergie française au fascisme, Albin Michel, 2003), est antérieur. Il présente deux intérêts. Tout d’abord, il rompt avec l’appartenance à la stricte communauté des historiens, puisqu’il rassemble des textes de sociologues ou de politistes. La discussion sur la place du fascisme dans la tradition politique républicain et démocratique hexagonale n’est pas réservée au passé. Ensuite, directement liés à ce qui précède, ces débats ont des échos tout à fait contemporains. Les contributions de Violaine Roussel et Annie Collovald, sur le Front national et l’identité de ce parti tel qu’elle s’exprime à travers les dénominations, national populiste, indiquent clairement que la culture politique nationale n’en a pas fini avec le fascisme, même si l’on ne saurait plaquer de manière mécanique des catégories historiques-politiques (par exemple le fascisme) sur le présent.

  • 1. Mouvement politique hétérogène de la fin du 19e siècle (1885-1889) qui sembla constituer une menace pour la Troisième République. Son nom est dérivé de celui du général Georges Boulanger.
  • 2. La fédération des Jaunes fondé en 1901-1902 à partir de regroupements locaux est un mouvement syndical pro-patronal, violement hostile au développement du syndicalisme qu’incarne alors la CGT.
Georges Ubbiali

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(27/07/2020 10h32)

Un monde sans police ?  Voir ?

Les « grands médias » français ne s’en font guère l’écho, mais une revendication fait son chemin outre-Atlantique, à la faveur des mobilisations historiques contre le racisme et les violences policières : celle de l’abolition de la police. Ce mot d’ordre, qui était l’apanage de quelques petits groupes prônant également, en général, l’abolition de la prison, est aujourd’hui discuté dans des cercles de plus en plus étendus et fait désormais l’objet d’une campagne nationale : #8toAbolition. Le phénomène demeure évidemment minoritaire, mais prend une ampleur que nul n’aurait pu soupçonner il y a encore quelques semaines, et installe dans le débat public une question dont la radicalité n’a d’égal que la simplicité : faut-il en finir avec la police ? 

Cette question devrait préoccuper toutes celles et tous ceux qui s’interrogent sur les « autres mondes possibles » en tentant de s’émanciper des « évidences » qui structurent trop souvent toute réflexion sur les autres formes d’organisation sociale. Une question sur laquelle nous allons revenir dans cet article, sans prétendre épuiser la discussion, loin de là, et en assumant le parti-pris de nous concentrer sur la police et non sur l’ensemble des dispositifs répressifs (justice pénale, prison) dont le rôle est articulé à celui des « forces de l’ordre ». Et l’on prendra pour point de départ la situation aux USA, où le débat bat son plein, avant de tenter de formuler des hypothèses plus générales.  

« Disempower, disarm, disband »

Aux USA, le mot d’ordre d’abolition de la police s’articule en réalité autour d’un triptyque : « disempower, disarm, disband » (affaiblir, désarmer, démanteler). Il s’agit d’une stratégie réfléchie, que l’on trouve notamment explicitée par le collectif A World Without Police (« Un monde sans police1 »), un programme d’actions et de revendications qui tente de prendre en compte les contradictions que porte en elle la revendication de l’abolition de la police et les principales objections qui peuvent lui être apportées.

Affaiblir la police, c’est s’opposer à la construction de nouveaux commissariats, à la création de nouvelles unités, à l’extension des prérogatives et des zones d’intervention de la police, aux campagnes de recrutement, etc. Le mot d’ordre « offensif » de la baisse des financements de la police (« Defund the Police ») est de plus en plus repris dans les manifestations, de même que celui de l’exclusion des syndicats policiers de la centrale syndicale AFL-CIO, qui participerait aussi à une dynamique d’affaiblissement. Des premiers résultats ont d’ailleurs été obtenus, puisque plusieurs villes étatsuniennes ont pris la décision de réduire les budgets de la police, avec notamment les exemples de New York et la baisse d’un milliard de dollars (pour un budget de six milliards) et de Los Angeles (mes effectifs de la police de la ville seront ramenés en dessous de 10 000 d'ici l'été prochain, leur niveau le plus bas depuis 2008).

Désarmer la police, c’est poser concrètement, et corrélativement au mot d’ordre de l’affaiblissement, la question du suréquipement policier, des processus de militarisation du maintien de l’ordre et, au-delà, des responsabilités de la police dans l’extension de la violence des rapports sociaux. C’est pointer le fait que, contrairement à la légende savamment entretenue par les garants de l’ordre établi, les armes de la police ne servent pas à pacifier les relations sociales mais, au contraire, contribuent à générer toujours davantage de violence(s). Comme le rappelait récemment un article du Huffington Post, à la fin de l’année 2014, « les policiers new-yorkais avaient décidé de ralentir largement leur activité, pensant faire la preuve que sans eux, les chiffres de la criminalité exploseraient. Et c’est exactement l’inverse qui s’était produit, poussant des universitaires à expliquer que la présence de la police dans la rue suscite des tensions sociales, et en fin de compte davantage de crimes et délits2. »

Démanteler la police, enfin, c’est revendiquer la suppression du corps policier car il opprime la population qu’il prétend « protéger ». Une revendication qui n’est pas vue, aux USA, comme l’aboutissement d’un processus qui passerait d’abord par l’affaiblissement et le désarmement, mais comme étant articulée à ces deux mots d’ordre. Une revendication qui s’affronte à « la » question qui fâche : supprimer la police, mais pour mettre quoi à la place ? Ou, dans une autre version : la police pose certes des problèmes, mais n’y en aurait-il pas davantage si on la supprimait ?

Se passer de la police ?

Ces questions, et les réponses « classiques » qui leur sont apportées (à savoir : une société ne peut pas se passer de police) sont polluées par des postulats bien ancrés dans les mentalités. On parle ici notamment de ce qu’Engels qualifiait de « vénération superstitieuse de l’État et de tout ce qui y touche, vénération qui s’installe d’autant plus facilement qu’on est, depuis le berceau, habitué à s’imaginer que toutes les affaires et tous les intérêts communs de la société entière ne sauraient être réglés que comme ils ont été réglés jusqu’ici, c’est-à-dire par l’État et ses autorités dûment établies3. » Toute ressemblance avec les déclarations de Jean-Luc Mélenchon avant la manifestation du 13 juin appelée par le Comité Adama, place de la République à Paris (« On a le droit de rêver d’une société sans police, c’est un beau rêve, mais ce n’est qu’un rêve. Il faut une police, pensée, organisée, obéissante à l’État républicain et aussi désarmée que possible ») est purement fortuite…  

L’un de ces postulats est celui selon lequel la police serait irremplaçable dans sa mission (revendiquée) de « protéger » la population, et serait un élément incontournable dans la gestion des conflits. N’est-elle pas le corps auquel nous nous adressons lorsque nous subissons une agression, un cambriolage, des menaces, etc. ? Cet état de fait, s’il semble incontestable, ne doit toutefois pas être pris comme un donné social intemporel. En d’autres temps et/ou sous d’autres cieux, ces fonctions ont pu, et peuvent encore, être exercées par d’autres structures, issues directement de la population et/ou sans subordination à l’État. En raison du format volontairement synthétique de cet article, nous n’entrerons pas dans le détail de ces diverses expériences, et nous nous contenterons d’insister sur ce point : il est nécessaire de décentrer le regard et de considérer que « la police » telle que nous la connaissons (et la subissons) dans les sociétés façonnées par le capitalisme est une construction sociale qui, comme toute construction, peut être détruite.

Il importe, au total, de se débarrasser de l’idée selon laquelle les situations problématiques qui peuvent se poser au sein d’une société ou d’une communauté donnée ne pourraient être résolues que par l’intervention d’un corps autonome et séparé. C’est tout le sens des initiatives variées (formations à la gestion des conflits, à l’accompagnement des victimes de violences, constitution de collectifs de quartier ou d’immeuble, etc.) poursuivant l’objectif de renforcer les liens sociaux pour que les personnes puissent gérer collectivement l’essentiel des problèmes sans avoir « besoin » d’en appeler à la police. On ne parle évidemment pas ici des « citoyens vigilants » et autres milices qui se pensent comme des supplétifs de la police et reproduisent, souvent en pire, les comportements policiers, mais bien de groupes auto-organisés dont l’objectif est la résolution des conflits de basse et de moyenne intensité, qui représentent en réalité l’essentiel des interventions policières.

Un horizon stratégique

En posant la question de l’abolition de la police, et donc de son caractère (ou non) indispensable, on s’attaque ainsi à une certaine confusion des genres, liée à ses multiples attributions. La police est à la fois le corps auquel les citoyenEs ont été habitués à faire appel dans de nombreuses situations problématiques, mais aussi le corps auquel l’État fait appel pour réprimer la contestation sociale. Or, ce n’est pas de cette dernière fonction que la police tire sa légitimité aux yeux du plus grand nombre, mais bien de la première. C’est sur cette confusion des genres que jouent les pouvoirs en place, en tenant de dissimuler le rôle fondamentalement répressif de la police derrière son prétendu rôle de « service public ».

Est-ce à dire que l’on pourrait démanteler la police, garante d’un ordre injuste, sans démanteler cet ordre lui-même ? En d’autres termes : peut-on se débarrasser de la police sans se débarrasser du capitalisme ? La réponse est évidemment non, tant elle joue un rôle fonctionnel dans le maintien du capitalisme. C’est en ce sens que la revendication de l’abolition de la police doit être considérée comme un horizon stratégique, une boussole, et non comme un mot d’ordre pouvant être satisfait ici et maintenant. En 2016, la journaliste du Chicago Reader Maya Duksamova publiait une enquête4 sur des groupes de Chicago tentant de mettre en pratique les mots d’ordre abolitionnistes, dans laquelle un témoin expliquait : « Je pense qu’il faut considérer cette notion [l’abolition] comme une stratégie et un objectif, davantage que comme quelque chose que vous pourriez mettre en place aujourd’hui. Quand j’écoute les abolitionnistes, ce que j’entends, c’est qu’il est possible de construire un monde sans prisons ni forces de police. »

Les campagnes contre la police et la mise en place de « contre-institutions » rendant inutiles ses interventions se heurtent en effet à cet obstacle majeur : la place centrale de la police dans le système de domination capitaliste lui confère une position qui demeure incontournable pour celles et ceux qui sont confrontés, notamment, à des situations de violences graves. Prôner la disparition « ici et maintenant » de la police, c’est faire fi de cette difficulté, et c’est l’un des pires moyens de combattre les illusions selon lesquelles on pourrait construire une alternative globale aux forces de police sans poser la question de l’abolition de l’État. En ce sens, il importe d’articuler revendications immédiates pour affaiblir la police et lutter contre ses violences, pratiques alternatives tendant à démontrer que la police n’est pas un « mal nécessaire » et à alimenter la réflexion sur la différence essentielle entre fonction policière et corps policier, et projet politique global de renversement du capitalisme.

 

Julien Salingue

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Un monde sans police ?  Voir ?

Les « grands médias » français ne s’en font guère l’écho, mais une revendication fait son chemin outre-Atlantique, à la faveur des mobilisations historiques contre le racisme et les violences policières : celle de l’abolition de la police. Ce mot d’ordre, qui était l’apanage de quelques petits groupes prônant également, en général, l’abolition de la prison, est aujourd’hui discuté dans des cercles de plus en plus étendus et fait désormais l’objet d’une campagne nationale : #8toAbolition. Le phénomène demeure évidemment minoritaire, mais prend une ampleur que nul n’aurait pu soupçonner il y a encore quelques semaines, et installe dans le débat public une question dont la radicalité n’a d’égal que la simplicité : faut-il en finir avec la police ? 

Cette question devrait préoccuper toutes celles et tous ceux qui s’interrogent sur les « autres mondes possibles » en tentant de s’émanciper des « évidences » qui structurent trop souvent toute réflexion sur les autres formes d’organisation sociale. Une question sur laquelle nous allons revenir dans cet article, sans prétendre épuiser la discussion, loin de là, et en assumant le parti-pris de nous concentrer sur la police et non sur l’ensemble des dispositifs répressifs (justice pénale, prison) dont le rôle est articulé à celui des « forces de l’ordre ». Et l’on prendra pour point de départ la situation aux USA, où le débat bat son plein, avant de tenter de formuler des hypothèses plus générales.  

« Disempower, disarm, disband »

Aux USA, le mot d’ordre d’abolition de la police s’articule en réalité autour d’un triptyque : « disempower, disarm, disband » (affaiblir, désarmer, démanteler). Il s’agit d’une stratégie réfléchie, que l’on trouve notamment explicitée par le collectif A World Without Police (« Un monde sans police1 »), un programme d’actions et de revendications qui tente de prendre en compte les contradictions que porte en elle la revendication de l’abolition de la police et les principales objections qui peuvent lui être apportées.

Affaiblir la police, c’est s’opposer à la construction de nouveaux commissariats, à la création de nouvelles unités, à l’extension des prérogatives et des zones d’intervention de la police, aux campagnes de recrutement, etc. Le mot d’ordre « offensif » de la baisse des financements de la police (« Defund the Police ») est de plus en plus repris dans les manifestations, de même que celui de l’exclusion des syndicats policiers de la centrale syndicale AFL-CIO, qui participerait aussi à une dynamique d’affaiblissement. Des premiers résultats ont d’ailleurs été obtenus, puisque plusieurs villes étatsuniennes ont pris la décision de réduire les budgets de la police, avec notamment les exemples de New York et la baisse d’un milliard de dollars (pour un budget de six milliards) et de Los Angeles (mes effectifs de la police de la ville seront ramenés en dessous de 10 000 d'ici l'été prochain, leur niveau le plus bas depuis 2008).

Désarmer la police, c’est poser concrètement, et corrélativement au mot d’ordre de l’affaiblissement, la question du suréquipement policier, des processus de militarisation du maintien de l’ordre et, au-delà, des responsabilités de la police dans l’extension de la violence des rapports sociaux. C’est pointer le fait que, contrairement à la légende savamment entretenue par les garants de l’ordre établi, les armes de la police ne servent pas à pacifier les relations sociales mais, au contraire, contribuent à générer toujours davantage de violence(s). Comme le rappelait récemment un article du Huffington Post, à la fin de l’année 2014, « les policiers new-yorkais avaient décidé de ralentir largement leur activité, pensant faire la preuve que sans eux, les chiffres de la criminalité exploseraient. Et c’est exactement l’inverse qui s’était produit, poussant des universitaires à expliquer que la présence de la police dans la rue suscite des tensions sociales, et en fin de compte davantage de crimes et délits2. »

Démanteler la police, enfin, c’est revendiquer la suppression du corps policier car il opprime la population qu’il prétend « protéger ». Une revendication qui n’est pas vue, aux USA, comme l’aboutissement d’un processus qui passerait d’abord par l’affaiblissement et le désarmement, mais comme étant articulée à ces deux mots d’ordre. Une revendication qui s’affronte à « la » question qui fâche : supprimer la police, mais pour mettre quoi à la place ? Ou, dans une autre version : la police pose certes des problèmes, mais n’y en aurait-il pas davantage si on la supprimait ?

Se passer de la police ?

Ces questions, et les réponses « classiques » qui leur sont apportées (à savoir : une société ne peut pas se passer de police) sont polluées par des postulats bien ancrés dans les mentalités. On parle ici notamment de ce qu’Engels qualifiait de « vénération superstitieuse de l’État et de tout ce qui y touche, vénération qui s’installe d’autant plus facilement qu’on est, depuis le berceau, habitué à s’imaginer que toutes les affaires et tous les intérêts communs de la société entière ne sauraient être réglés que comme ils ont été réglés jusqu’ici, c’est-à-dire par l’État et ses autorités dûment établies3. » Toute ressemblance avec les déclarations de Jean-Luc Mélenchon avant la manifestation du 13 juin appelée par le Comité Adama, place de la République à Paris (« On a le droit de rêver d’une société sans police, c’est un beau rêve, mais ce n’est qu’un rêve. Il faut une police, pensée, organisée, obéissante à l’État républicain et aussi désarmée que possible ») est purement fortuite…  

L’un de ces postulats est celui selon lequel la police serait irremplaçable dans sa mission (revendiquée) de « protéger » la population, et serait un élément incontournable dans la gestion des conflits. N’est-elle pas le corps auquel nous nous adressons lorsque nous subissons une agression, un cambriolage, des menaces, etc. ? Cet état de fait, s’il semble incontestable, ne doit toutefois pas être pris comme un donné social intemporel. En d’autres temps et/ou sous d’autres cieux, ces fonctions ont pu, et peuvent encore, être exercées par d’autres structures, issues directement de la population et/ou sans subordination à l’État. En raison du format volontairement synthétique de cet article, nous n’entrerons pas dans le détail de ces diverses expériences, et nous nous contenterons d’insister sur ce point : il est nécessaire de décentrer le regard et de considérer que « la police » telle que nous la connaissons (et la subissons) dans les sociétés façonnées par le capitalisme est une construction sociale qui, comme toute construction, peut être détruite.

Il importe, au total, de se débarrasser de l’idée selon laquelle les situations problématiques qui peuvent se poser au sein d’une société ou d’une communauté donnée ne pourraient être résolues que par l’intervention d’un corps autonome et séparé. C’est tout le sens des initiatives variées (formations à la gestion des conflits, à l’accompagnement des victimes de violences, constitution de collectifs de quartier ou d’immeuble, etc.) poursuivant l’objectif de renforcer les liens sociaux pour que les personnes puissent gérer collectivement l’essentiel des problèmes sans avoir « besoin » d’en appeler à la police. On ne parle évidemment pas ici des « citoyens vigilants » et autres milices qui se pensent comme des supplétifs de la police et reproduisent, souvent en pire, les comportements policiers, mais bien de groupes auto-organisés dont l’objectif est la résolution des conflits de basse et de moyenne intensité, qui représentent en réalité l’essentiel des interventions policières.

Un horizon stratégique

En posant la question de l’abolition de la police, et donc de son caractère (ou non) indispensable, on s’attaque ainsi à une certaine confusion des genres, liée à ses multiples attributions. La police est à la fois le corps auquel les citoyenEs ont été habitués à faire appel dans de nombreuses situations problématiques, mais aussi le corps auquel l’État fait appel pour réprimer la contestation sociale. Or, ce n’est pas de cette dernière fonction que la police tire sa légitimité aux yeux du plus grand nombre, mais bien de la première. C’est sur cette confusion des genres que jouent les pouvoirs en place, en tenant de dissimuler le rôle fondamentalement répressif de la police derrière son prétendu rôle de « service public ».

Est-ce à dire que l’on pourrait démanteler la police, garante d’un ordre injuste, sans démanteler cet ordre lui-même ? En d’autres termes : peut-on se débarrasser de la police sans se débarrasser du capitalisme ? La réponse est évidemment non, tant elle joue un rôle fonctionnel dans le maintien du capitalisme. C’est en ce sens que la revendication de l’abolition de la police doit être considérée comme un horizon stratégique, une boussole, et non comme un mot d’ordre pouvant être satisfait ici et maintenant. En 2016, la journaliste du Chicago Reader Maya Duksamova publiait une enquête4 sur des groupes de Chicago tentant de mettre en pratique les mots d’ordre abolitionnistes, dans laquelle un témoin expliquait : « Je pense qu’il faut considérer cette notion [l’abolition] comme une stratégie et un objectif, davantage que comme quelque chose que vous pourriez mettre en place aujourd’hui. Quand j’écoute les abolitionnistes, ce que j’entends, c’est qu’il est possible de construire un monde sans prisons ni forces de police. »

Les campagnes contre la police et la mise en place de « contre-institutions » rendant inutiles ses interventions se heurtent en effet à cet obstacle majeur : la place centrale de la police dans le système de domination capitaliste lui confère une position qui demeure incontournable pour celles et ceux qui sont confrontés, notamment, à des situations de violences graves. Prôner la disparition « ici et maintenant » de la police, c’est faire fi de cette difficulté, et c’est l’un des pires moyens de combattre les illusions selon lesquelles on pourrait construire une alternative globale aux forces de police sans poser la question de l’abolition de l’État. En ce sens, il importe d’articuler revendications immédiates pour affaiblir la police et lutter contre ses violences, pratiques alternatives tendant à démontrer que la police n’est pas un « mal nécessaire » et à alimenter la réflexion sur la différence essentielle entre fonction policière et corps policier, et projet politique global de renversement du capitalisme.

 

Julien Salingue

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(27/07/2020 10h29)

Vers une société débarrassée des oppressions ?  Voir ?

Alors que la crise actuelle que nous vivons pose avec urgence la question de la rupture révolutionnaire, la question des oppressions que subissent des fractions de notre classe semble en être un moteur essentiel.

En effet, le vendredi 10 juillet, des foules de personnes et en majorité des femmes se sont réunies un peu partout en France pour protester contre la nomination de Gérard Darmanin et Eric Dupond-Moretti, comme ministre de l’Intérieur et Garde des sceaux dans le nouveau gouvernement Macron-Castex et réclamer la démission de ce gouvernement1. Alors que depuis des semaines maintenant, les mobilisations antiracistes (contre les violences policières et pour la régularisation des sans-papiers) ont non seulement pris un caractère de masse, mais ont aussi permis de remettre en cause une structure essentielle de l’État au point que des revendications telles que le désarmement de la police ne semble plus du tout propagandiste. 

Le confinement a accentué ou dévoilé aux yeux de tout ce qui existait déjà au préalable : l’extrême violence des rapports intrafamiliaux, dans la construction de la famille capitaliste, et un racisme d’État exacerbé dans une période de crise du système. La transformation qu’a subie l’État vers un État autoritaire depuis plusieurs années a rendu de plus en plus visible le rôle de ses institutions, en particulier celle de la police. C’est aussi de cette situation politique particulière ouverte par la crise économique de 2008 que sont nées des mobilisations massives sur les questions d’oppressions, comme nous n’en avions pas connu depuis des dizaines d’années. 

Une crise entre réaction et radicalité 

La crise a ouvert d’une part de fortes mobilisations de la classe ouvrière, que ce soit sur la scène internationale ou en France, mais d’autre part un retour à l’ordre moral et à la réaction assez fort, comme l’a montré la Manif pour tous en France ou la victoire des extrêmes droites et des droites populistes dans de nombreux pays du monde. Les conséquences pour les personnes opprimées sont très concrètes, comme en témoigne encore le dernier rapport de SOS Homophobie2.

Cependant, la situation matérielle des personnes opprimées (les femmes, les personnes LGBTI ou les personnes racisées) s’est considérablement modifiée lors des cinquante dernières années dans les pays impérialistes. Les luttes d’émancipation et anticoloniales ont permis de modifier les oppressions notamment au moyen d’une législation spécifique. La conséquence est que ce n’est pas un phénomène général : certaines femmes, personnes LGBTI ou personnes racisées peuvent accéder au pouvoir, à une part du capital et a minima à une part d’intégration de façon autonome. 

Les groupes constituant les personnes opprimées, s’ils n’ont jamais été homogènes, pouvaient a minima faire converger des intérêts communs dans une période où par exemple toute femme était réduite à l’autorité du père ou du mari comme c’était le cas au début du capitalisme. Aujourd’hui la convergence hypothétique d’intérêts des femmes issues de la bourgeoisie qui ont accès à l’autonomie aux intérêts des ouvrières, des précaires ou des femmes migrantes, qui n’ont pas accès à cette autonomie, est plus éloignée que jamais. 

Mais la fragmentation et la multiplicité d’identités3 ne tient pas au seul fait de la division des classes sociales, ou de l’intégration, de la possibilité d’accession à une part du capital pour les opprimés issus des classes dominantes. Cette fragmentation est due à l’incapacité du mouvement ouvrier à d’une part construire des organisations de la classe qui en soient le reflet (incluant massivement part non blanche de la classe, les personnes trans, les lesbiennes, les gays, etc.), de l’autre à obtenir des victoires pour l’ensemble de la classe. Nous souffrons aujourd’hui de l’absence de cette possibilité de victoire qui seule permettrait de faire l’expérience collective et commune qu’ensemble il est possible de construire une autre société. 

Les mouvements contre les oppressions naissent en ce moment dans un contexte où le mouvement ouvrier organisé semble incapable de construire des résistances face à la réaction et au pouvoir autoritaire. 

Ces mouvements ont la particularité de poser la question du système dans lequel nous vivons. Les mobilisations féministes, en s’attaquant à la question des violences sexistes, s’attaquent à la question de ce qui permet la reproduction sociale, c’est-à-dire les conditions de la reproduction du capital4. Le mouvement Black Lives Matter partout dans le monde s’attaque au racisme structurel de l’État, en particulier de la police et donc au système pénal dans son ensemble. Mais si ces mouvements posent la question de la rupture avec le capitalisme, la réponse n’est pas encore révolutionnaire. 

D’ailleurs le lien actuel entre ces deux mouvements, s’il existe, n’est pas aussi simple, tant des pans du mouvement féministe ne proposent qu’une réponse judiciaire et pénale au problème des violences, réponse qui lorsqu’elle est appliquée par le gouvernement vise en premier lieu les hommes des classes populaires et/ou racisés5.

La société que nous construisons est une société débarrassée des oppressions

Ces oppressions, que ce soit le racisme, ou l’oppression des femmes et des personnes LGBTI, servent le système capitalisme et font partie de son ADN pour lui permettre de faire du profit en produisant de la main-d’œuvre moins payée, et qui assument aussi la question des tâches de reproduction sociale. 

Le combat pour une société égalitaire ne peut pas exister sans une bataille contre les oppressions. Certaines tendances dans le mouvement ouvrier tendent à limiter l’analyse des oppressions à un but utilitariste de division de la classe prolétaire par le système capitaliste, et l’enjeu de mobiliser sur ces questions à un enjeu de seule unité de la classe. Si le constat est vrai, car effectivement les oppressions divisent les prolétaires, la raison première ne devrait pas être celle-là. C’est au contraire parce que nous nous battons pour une société égalitaire, pour une société communiste, que nous pensons que la lutte contre les oppressions fait partie intégrante de notre combat communiste. 

Le projet de société que nous construisons doit donc mettre en son cœur des revendications qui réorganisent les tâches de reproduction sociale d’une part, et qui permettent de construire d’autres familles ou d’autres manières de concevoir nos désirs afin de permettre l’émancipation de chacun et chacune. 

En réalité, les oppressions, si elles sont liées à un besoin matériel du système capitalisme, ne partiront pas en un claquement de doigts, parce qu’elles ont été ancrées par l’idéologie dominante sur des générations : la gestion collective des tâches, de l’éducation des enfants, mais aussi la construction d’autres manières d’éduquer, feront partie des clés pour faire émerger une société émancipatrice. La réponse aux violences ne pourra pas reposer sur la répression ou sur la notion de punition, mais devra bien être de construire là aussi des manières collectives de gérer ces problématiques en refusant l’individualisation du crime6.

Aujourd’hui, les personnes LGBTI sont considérées minoritaires dans la société. Ce qu’ont produit les mouvements LGBTI en termes d’émancipation sexuelle, de remise en cause des rôles genrés, nous permet de comprendre à quel point ces luttes-là ne sont pas utiles qu’à nous, seules personnes concernées, elles construisent là aussi un autre projet de société.

En 2003, le congrès mondial de la Quatrième Internationale votait une résolution qui nous donne des éléments essentiels pour comprendre le lien entre les luttes des opprimés et l’émancipation de toutes et tous : 

« Dans notre combat contre les conceptions étroites et aliénantes de masculinité, féminité et sexualité, nous tendons à une société où le genre ne sera plus une catégorie centrale dans l’organisation de la vie sociale, et où les concepts d’hétérosexualité et d’homosexualité, dans la mesure où ils subsistent, ne charrieront plus aucune conséquence légale ou économique. Nous tendons à une socialisation multiforme des diverses fonctions assumées aujourd’hui par la famille : responsabilité collective et communautaire pour la prise en charge des enfants et des infirmes ; une économie qui ne contraigne pas les gens à s’exiler de leurs communautés locales ; diverses formes de foyers et de coopération avec les collectivités locales ; et diverses formes d’amitiés, de solidarité et de relations sexuelles7. »

C’est-à-dire que notre combat pour une société émancipée mais surtout pour une société émancipatrice est intrinsèquement lié au combat des personnes LGBTI. Le projet de société que nous construisons n’est pas un projet clé en main, il sera aussi ce qu’en feront les travailleuses et les travailleurs, mais nous pouvons d’ores et déjà dire que les catégories de genres, de sexe ou de sexualité si elles existent encore n’auront plus de conséquences et ne devront plus être le fondement des normes sociales oppressives et violentes. Dans le même sens, nous ne pouvons pas dire de manière certaine ce que serait une société communiste mais nous pouvons d’ores et déjà affirmer que les tâches de soin, de reproduction sociale, ou liées à l’éducation se feront avec une socialisation importante.

Se doter d’une stratégie pour renverser le capitalisme

Discuter de la société que l’on veut construire est nécessaire, mais cette discussion ne peut voler en l’air sans stratégie pour y arriver. Or, cette période de crise doit rouvrir des discussions stratégiques sur la rupture révolutionnaire. Mais ces discussions ne doivent pas avoir lieu en dehors des luttes d’émancipation. Le mouvement féministe, le mouvement LGBTI et le mouvement antiraciste ont toute une série de questionnements stratégiques à se poser. Dire cela ne veut pas dire que les mouvements contre les oppressions ne doivent pas avoir leur autonomie, avec leurs propres agendas, indépendants du mouvement ouvrier. C’est toujours une nécessité afin de ne pas être à la remorque d’un mouvement ouvrier qui peine à construire d’une part une riposte et d’autre part un mouvement travaillant à l’unité de la classe. Mais si ces mouvements sont des moteurs œuvrant à la rupture révolutionnaire, celle-ci surgira de l’ensemble de la classe, c’est pourquoi la stratégie de ces mouvements doit s’allier à la discussion d’un programme et des mesures transitoires sur la question des oppressions. 

En 1938, dans le Programme de Transition, Léon Trotsky abordait déjà la question des femmes et de la jeunesse, mais les mesures transitoires n’étaient certainement pas abouties8.

Aujourd’hui dans les mouvements féministes et LGBTI, les revendications se cantonnent encore trop souvent à être pensées dans un cadre réformiste, ou pire dans le cadre des institutions telles qu’elles existent (par exemple la revendication d’une loi cadre pour les violences faites aux femmes), ou au contraire comme des revendications maximalistes et propagandistes (la fin du patriarcat, ou de l’hétérosexualité en tant que système) qui ne permettent pas de faire le pont entre programme d’urgence et projet de société. Or la question des mesures transitoires féministes, antiracistes, ou LGBTI est un élément clé qui devrait nous permettre de creuser des brèches au moment où les mouvements de masse des opprimés peuvent être le moteur, l’étincelle d’une révolte globale. 

Les traditionnelles divisions qui ont lieu dans le mouvement féministe aujourd’hui se font dans le cadre d’un débat biaisé dont les jeunes générations ont en partie compris que les réponses ne se trouvaient pas là. Dans la jeunesse, les positionnements qui visent à retirer toute autonomie de pensée aux femmes musulmanes voilées ou aux femmes travailleuses du sexe, sont extrêmement minoritaires. 

Pourtant des débats vont se poser qui auront une importance dans la prochaine période et auxquels les révolutionnaires devront pouvoir apporter des réponses.

Le premier questionnement se situe sur la question de la classe et de l’autonomie des groupes des opprimés. Nous l’avons dit un peu plus haut aujourd’hui moins que jamais les groupes d’opprimés ne peuvent constituer des groupes homogènes. Des divisions ont toujours existé au sein de ces groupes et c’est d’ailleurs ce constat qui a fait le succès du féminisme dit « intersectionnel9 », mais au-delà des rapports complexes qui existent entre les différentes oppressions qui fondent diverses identités, c’est le rapport de classe qui reste déterminant, justement parce que femmes, personnes racisées, ou LGBTI issuEs du prolétariat ne vivent plus du tout le même type d’oppression. Jamais il n’y a eu moins de raison de parler de classes de femmes tant les femmes bourgeoises et les femmes issues de la classe ouvrière ne possèdent pas le même type d’autonomie par exemple pour sortir de la violence. Or, l’accès à l’autonomie financière des opprimés devraient être une des revendications urgentes et essentielles des mouvements d’émancipation, malheureusement c’est encore loin d’être le cas. 

Le deuxième point saillant des débats commence à poindre autour des revendications sur les questions des violences et de l’impunité. Au-delà des éléments sur la prison et la Justice que nous avons déjà abordés, c’est bien le rapport à l’État qui se pose. Si nous pouvons arracher des victoires et des mesures urgentes à l’État, la question des violences policières devrait poser au mouvement ouvrier dans sa globalité le rapport à l’État. L’État est structurellement raciste, sexiste, homophobe et transphobe. Évidemment, en tant que militantEs anticapitalistes et révolutionnaires, nous sommes pour la destruction de l’État, mais en réalité, dès maintenant nous construisons non seulement un rapport de force face à l’État, mais nous devrions nous donner les moyens de construire des structures hors de l’État et autogérées. 

Enfin, le dernier point qui semble important de discuter est le rapport à la famille, dont la réponse est loin d’être aisée. Le confinement a montré à quel point l’instance famille hétérosexuelle entretient des rapports violents. Cependant parce que la contradiction est propre au capitalisme, la famille peut être aussi un rempart à la violence du système : violence économique, raciste… La transformation de la famille nucléaire hétérosexuelle, en laissant place à d’autres formes de sociabilités, d’amour, d’éducation des enfants, ne devrait pas attendre la révolution, surtout quand on peut voir à quel point dans un moment de crise la PMA peut être repoussée sans que le mouvement ouvrier bouge d’un pouce. 

Ces débats sont autant de points qui doivent être approfondis, mais surtout ils doivent permettre dans les prochains mois de faire l’objet d’expériences et de mises en pratique. Si nous faisons l’analyse que la crise va s’accélérer, il est probable que les mouvements contre les oppressions continuent d’exploser. La question que nous devons nous poser est comment faire que ces mouvements non seulement convergent, mais construisent des ruptures, soient des moteurs du changement de société. 

Nous devons acter trois éléments essentiels : 

• Nous construisons à partir du mouvement réel des collectifs, des organisations, comités militants des premiers et premières concernéEs par leurs oppressions. 

• Ces collectifs doivent chercher à associer et entraîner largement, c’est pourquoi nous ne cherchons pas à ce que tous les éléments stratégiques y soient tranchés, mais le rapport à l’État et aux institutions doit être clarifié : « ne pas faire confiance à la Justice / à la police » est un minimum dans une période où le rapport au système pénal est visible. 

• Ces collectifs, comités et organisations doivent chercher à organiser l’autogestion des oppriméEs pour améliorer leurs conditions matérielles : l’ouverture de centres contre les violences par exemple, en dehors des institutions, de lieux d’hébergement pour les LGBTI en rupture familiale… permettent de construire des contre-modèles à la société dans laquelle nous vivons.

 

Mimosa Effe

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Vers une société débarrassée des oppressions ?  Voir ?

Alors que la crise actuelle que nous vivons pose avec urgence la question de la rupture révolutionnaire, la question des oppressions que subissent des fractions de notre classe semble en être un moteur essentiel.

En effet, le vendredi 10 juillet, des foules de personnes et en majorité des femmes se sont réunies un peu partout en France pour protester contre la nomination de Gérard Darmanin et Eric Dupond-Moretti, comme ministre de l’Intérieur et Garde des sceaux dans le nouveau gouvernement Macron-Castex et réclamer la démission de ce gouvernement1. Alors que depuis des semaines maintenant, les mobilisations antiracistes (contre les violences policières et pour la régularisation des sans-papiers) ont non seulement pris un caractère de masse, mais ont aussi permis de remettre en cause une structure essentielle de l’État au point que des revendications telles que le désarmement de la police ne semble plus du tout propagandiste. 

Le confinement a accentué ou dévoilé aux yeux de tout ce qui existait déjà au préalable : l’extrême violence des rapports intrafamiliaux, dans la construction de la famille capitaliste, et un racisme d’État exacerbé dans une période de crise du système. La transformation qu’a subie l’État vers un État autoritaire depuis plusieurs années a rendu de plus en plus visible le rôle de ses institutions, en particulier celle de la police. C’est aussi de cette situation politique particulière ouverte par la crise économique de 2008 que sont nées des mobilisations massives sur les questions d’oppressions, comme nous n’en avions pas connu depuis des dizaines d’années. 

Une crise entre réaction et radicalité 

La crise a ouvert d’une part de fortes mobilisations de la classe ouvrière, que ce soit sur la scène internationale ou en France, mais d’autre part un retour à l’ordre moral et à la réaction assez fort, comme l’a montré la Manif pour tous en France ou la victoire des extrêmes droites et des droites populistes dans de nombreux pays du monde. Les conséquences pour les personnes opprimées sont très concrètes, comme en témoigne encore le dernier rapport de SOS Homophobie2.

Cependant, la situation matérielle des personnes opprimées (les femmes, les personnes LGBTI ou les personnes racisées) s’est considérablement modifiée lors des cinquante dernières années dans les pays impérialistes. Les luttes d’émancipation et anticoloniales ont permis de modifier les oppressions notamment au moyen d’une législation spécifique. La conséquence est que ce n’est pas un phénomène général : certaines femmes, personnes LGBTI ou personnes racisées peuvent accéder au pouvoir, à une part du capital et a minima à une part d’intégration de façon autonome. 

Les groupes constituant les personnes opprimées, s’ils n’ont jamais été homogènes, pouvaient a minima faire converger des intérêts communs dans une période où par exemple toute femme était réduite à l’autorité du père ou du mari comme c’était le cas au début du capitalisme. Aujourd’hui la convergence hypothétique d’intérêts des femmes issues de la bourgeoisie qui ont accès à l’autonomie aux intérêts des ouvrières, des précaires ou des femmes migrantes, qui n’ont pas accès à cette autonomie, est plus éloignée que jamais. 

Mais la fragmentation et la multiplicité d’identités3 ne tient pas au seul fait de la division des classes sociales, ou de l’intégration, de la possibilité d’accession à une part du capital pour les opprimés issus des classes dominantes. Cette fragmentation est due à l’incapacité du mouvement ouvrier à d’une part construire des organisations de la classe qui en soient le reflet (incluant massivement part non blanche de la classe, les personnes trans, les lesbiennes, les gays, etc.), de l’autre à obtenir des victoires pour l’ensemble de la classe. Nous souffrons aujourd’hui de l’absence de cette possibilité de victoire qui seule permettrait de faire l’expérience collective et commune qu’ensemble il est possible de construire une autre société. 

Les mouvements contre les oppressions naissent en ce moment dans un contexte où le mouvement ouvrier organisé semble incapable de construire des résistances face à la réaction et au pouvoir autoritaire. 

Ces mouvements ont la particularité de poser la question du système dans lequel nous vivons. Les mobilisations féministes, en s’attaquant à la question des violences sexistes, s’attaquent à la question de ce qui permet la reproduction sociale, c’est-à-dire les conditions de la reproduction du capital4. Le mouvement Black Lives Matter partout dans le monde s’attaque au racisme structurel de l’État, en particulier de la police et donc au système pénal dans son ensemble. Mais si ces mouvements posent la question de la rupture avec le capitalisme, la réponse n’est pas encore révolutionnaire. 

D’ailleurs le lien actuel entre ces deux mouvements, s’il existe, n’est pas aussi simple, tant des pans du mouvement féministe ne proposent qu’une réponse judiciaire et pénale au problème des violences, réponse qui lorsqu’elle est appliquée par le gouvernement vise en premier lieu les hommes des classes populaires et/ou racisés5.

La société que nous construisons est une société débarrassée des oppressions

Ces oppressions, que ce soit le racisme, ou l’oppression des femmes et des personnes LGBTI, servent le système capitalisme et font partie de son ADN pour lui permettre de faire du profit en produisant de la main-d’œuvre moins payée, et qui assument aussi la question des tâches de reproduction sociale. 

Le combat pour une société égalitaire ne peut pas exister sans une bataille contre les oppressions. Certaines tendances dans le mouvement ouvrier tendent à limiter l’analyse des oppressions à un but utilitariste de division de la classe prolétaire par le système capitaliste, et l’enjeu de mobiliser sur ces questions à un enjeu de seule unité de la classe. Si le constat est vrai, car effectivement les oppressions divisent les prolétaires, la raison première ne devrait pas être celle-là. C’est au contraire parce que nous nous battons pour une société égalitaire, pour une société communiste, que nous pensons que la lutte contre les oppressions fait partie intégrante de notre combat communiste. 

Le projet de société que nous construisons doit donc mettre en son cœur des revendications qui réorganisent les tâches de reproduction sociale d’une part, et qui permettent de construire d’autres familles ou d’autres manières de concevoir nos désirs afin de permettre l’émancipation de chacun et chacune. 

En réalité, les oppressions, si elles sont liées à un besoin matériel du système capitalisme, ne partiront pas en un claquement de doigts, parce qu’elles ont été ancrées par l’idéologie dominante sur des générations : la gestion collective des tâches, de l’éducation des enfants, mais aussi la construction d’autres manières d’éduquer, feront partie des clés pour faire émerger une société émancipatrice. La réponse aux violences ne pourra pas reposer sur la répression ou sur la notion de punition, mais devra bien être de construire là aussi des manières collectives de gérer ces problématiques en refusant l’individualisation du crime6.

Aujourd’hui, les personnes LGBTI sont considérées minoritaires dans la société. Ce qu’ont produit les mouvements LGBTI en termes d’émancipation sexuelle, de remise en cause des rôles genrés, nous permet de comprendre à quel point ces luttes-là ne sont pas utiles qu’à nous, seules personnes concernées, elles construisent là aussi un autre projet de société.

En 2003, le congrès mondial de la Quatrième Internationale votait une résolution qui nous donne des éléments essentiels pour comprendre le lien entre les luttes des opprimés et l’émancipation de toutes et tous : 

« Dans notre combat contre les conceptions étroites et aliénantes de masculinité, féminité et sexualité, nous tendons à une société où le genre ne sera plus une catégorie centrale dans l’organisation de la vie sociale, et où les concepts d’hétérosexualité et d’homosexualité, dans la mesure où ils subsistent, ne charrieront plus aucune conséquence légale ou économique. Nous tendons à une socialisation multiforme des diverses fonctions assumées aujourd’hui par la famille : responsabilité collective et communautaire pour la prise en charge des enfants et des infirmes ; une économie qui ne contraigne pas les gens à s’exiler de leurs communautés locales ; diverses formes de foyers et de coopération avec les collectivités locales ; et diverses formes d’amitiés, de solidarité et de relations sexuelles7. »

C’est-à-dire que notre combat pour une société émancipée mais surtout pour une société émancipatrice est intrinsèquement lié au combat des personnes LGBTI. Le projet de société que nous construisons n’est pas un projet clé en main, il sera aussi ce qu’en feront les travailleuses et les travailleurs, mais nous pouvons d’ores et déjà dire que les catégories de genres, de sexe ou de sexualité si elles existent encore n’auront plus de conséquences et ne devront plus être le fondement des normes sociales oppressives et violentes. Dans le même sens, nous ne pouvons pas dire de manière certaine ce que serait une société communiste mais nous pouvons d’ores et déjà affirmer que les tâches de soin, de reproduction sociale, ou liées à l’éducation se feront avec une socialisation importante.

Se doter d’une stratégie pour renverser le capitalisme

Discuter de la société que l’on veut construire est nécessaire, mais cette discussion ne peut voler en l’air sans stratégie pour y arriver. Or, cette période de crise doit rouvrir des discussions stratégiques sur la rupture révolutionnaire. Mais ces discussions ne doivent pas avoir lieu en dehors des luttes d’émancipation. Le mouvement féministe, le mouvement LGBTI et le mouvement antiraciste ont toute une série de questionnements stratégiques à se poser. Dire cela ne veut pas dire que les mouvements contre les oppressions ne doivent pas avoir leur autonomie, avec leurs propres agendas, indépendants du mouvement ouvrier. C’est toujours une nécessité afin de ne pas être à la remorque d’un mouvement ouvrier qui peine à construire d’une part une riposte et d’autre part un mouvement travaillant à l’unité de la classe. Mais si ces mouvements sont des moteurs œuvrant à la rupture révolutionnaire, celle-ci surgira de l’ensemble de la classe, c’est pourquoi la stratégie de ces mouvements doit s’allier à la discussion d’un programme et des mesures transitoires sur la question des oppressions. 

En 1938, dans le Programme de Transition, Léon Trotsky abordait déjà la question des femmes et de la jeunesse, mais les mesures transitoires n’étaient certainement pas abouties8.

Aujourd’hui dans les mouvements féministes et LGBTI, les revendications se cantonnent encore trop souvent à être pensées dans un cadre réformiste, ou pire dans le cadre des institutions telles qu’elles existent (par exemple la revendication d’une loi cadre pour les violences faites aux femmes), ou au contraire comme des revendications maximalistes et propagandistes (la fin du patriarcat, ou de l’hétérosexualité en tant que système) qui ne permettent pas de faire le pont entre programme d’urgence et projet de société. Or la question des mesures transitoires féministes, antiracistes, ou LGBTI est un élément clé qui devrait nous permettre de creuser des brèches au moment où les mouvements de masse des opprimés peuvent être le moteur, l’étincelle d’une révolte globale. 

Les traditionnelles divisions qui ont lieu dans le mouvement féministe aujourd’hui se font dans le cadre d’un débat biaisé dont les jeunes générations ont en partie compris que les réponses ne se trouvaient pas là. Dans la jeunesse, les positionnements qui visent à retirer toute autonomie de pensée aux femmes musulmanes voilées ou aux femmes travailleuses du sexe, sont extrêmement minoritaires. 

Pourtant des débats vont se poser qui auront une importance dans la prochaine période et auxquels les révolutionnaires devront pouvoir apporter des réponses.

Le premier questionnement se situe sur la question de la classe et de l’autonomie des groupes des opprimés. Nous l’avons dit un peu plus haut aujourd’hui moins que jamais les groupes d’opprimés ne peuvent constituer des groupes homogènes. Des divisions ont toujours existé au sein de ces groupes et c’est d’ailleurs ce constat qui a fait le succès du féminisme dit « intersectionnel9 », mais au-delà des rapports complexes qui existent entre les différentes oppressions qui fondent diverses identités, c’est le rapport de classe qui reste déterminant, justement parce que femmes, personnes racisées, ou LGBTI issuEs du prolétariat ne vivent plus du tout le même type d’oppression. Jamais il n’y a eu moins de raison de parler de classes de femmes tant les femmes bourgeoises et les femmes issues de la classe ouvrière ne possèdent pas le même type d’autonomie par exemple pour sortir de la violence. Or, l’accès à l’autonomie financière des opprimés devraient être une des revendications urgentes et essentielles des mouvements d’émancipation, malheureusement c’est encore loin d’être le cas. 

Le deuxième point saillant des débats commence à poindre autour des revendications sur les questions des violences et de l’impunité. Au-delà des éléments sur la prison et la Justice que nous avons déjà abordés, c’est bien le rapport à l’État qui se pose. Si nous pouvons arracher des victoires et des mesures urgentes à l’État, la question des violences policières devrait poser au mouvement ouvrier dans sa globalité le rapport à l’État. L’État est structurellement raciste, sexiste, homophobe et transphobe. Évidemment, en tant que militantEs anticapitalistes et révolutionnaires, nous sommes pour la destruction de l’État, mais en réalité, dès maintenant nous construisons non seulement un rapport de force face à l’État, mais nous devrions nous donner les moyens de construire des structures hors de l’État et autogérées. 

Enfin, le dernier point qui semble important de discuter est le rapport à la famille, dont la réponse est loin d’être aisée. Le confinement a montré à quel point l’instance famille hétérosexuelle entretient des rapports violents. Cependant parce que la contradiction est propre au capitalisme, la famille peut être aussi un rempart à la violence du système : violence économique, raciste… La transformation de la famille nucléaire hétérosexuelle, en laissant place à d’autres formes de sociabilités, d’amour, d’éducation des enfants, ne devrait pas attendre la révolution, surtout quand on peut voir à quel point dans un moment de crise la PMA peut être repoussée sans que le mouvement ouvrier bouge d’un pouce. 

Ces débats sont autant de points qui doivent être approfondis, mais surtout ils doivent permettre dans les prochains mois de faire l’objet d’expériences et de mises en pratique. Si nous faisons l’analyse que la crise va s’accélérer, il est probable que les mouvements contre les oppressions continuent d’exploser. La question que nous devons nous poser est comment faire que ces mouvements non seulement convergent, mais construisent des ruptures, soient des moteurs du changement de société. 

Nous devons acter trois éléments essentiels : 

• Nous construisons à partir du mouvement réel des collectifs, des organisations, comités militants des premiers et premières concernéEs par leurs oppressions. 

• Ces collectifs doivent chercher à associer et entraîner largement, c’est pourquoi nous ne cherchons pas à ce que tous les éléments stratégiques y soient tranchés, mais le rapport à l’État et aux institutions doit être clarifié : « ne pas faire confiance à la Justice / à la police » est un minimum dans une période où le rapport au système pénal est visible. 

• Ces collectifs, comités et organisations doivent chercher à organiser l’autogestion des oppriméEs pour améliorer leurs conditions matérielles : l’ouverture de centres contre les violences par exemple, en dehors des institutions, de lieux d’hébergement pour les LGBTI en rupture familiale… permettent de construire des contre-modèles à la société dans laquelle nous vivons.

 

Mimosa Effe

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(27/07/2020 10h26)

Pas d’émancipation sur une planète morte : écosocialisme ou barbarie !  Voir ?

L’écologie ne nous parle pas d’une crise supplémentaire qui vient s’ajouter aux autres, sociale, politique, démocratique... Elle nous parle des conditions matérielles de toutes nos luttes. 

Les phénomènes extrêmes, dus au bouleversement climatique, révèlent dramatiquement notre dépendance à l’égard de l’état de la planète. De même, la pandémie met en évidence notre extrême dépendance à l’égard de l’état de nos corps : qu’ils soient malades ou menacent de l’être, et une grande partie de l’économie s’arrête. Dans les deux cas, le productivisme inhérent au capitalisme est en cause, par les émissions de gaz à effet de serre (GES) dues à son intoxication aux énergies fossiles, par la déforestation, l’élevage industriel, la mondialisation capitaliste…

Parce que la possibilité même de construire une société émancipée dépend des moyens mis en œuvre pour conjurer les catastrophes en cours – pandémies, effondrement de la biodiversité, changement climatique, artificialisation des terres, pollution de l’air et de l’eau… –, l’écosocialisme est notre boussole politique, notre projet pour un monde nouveau. 

Il s’agit d’en finir avec le capitalisme, de sortir de la logique productiviste dans tous les domaines afin de bâtir d’autres mondes où la production ne sera plus dictée par le profit d’une minorité, mais au service des besoins sociaux. 

Le changement ne peut être que radical et anticapitaliste

Pour limiter autant que possible les fléaux provoqués par le basculement climatique, les experts du GIEC préconisent de contenir l’augmentation de la température à 1,5°C (par rapport à l’époque préindustrielle) et de diminuer drastiquement les émissions de gaz à effet de serre (GES). Pour cela, pas d’autres choix que de laisser 80 % des ressources fossiles sous terre, de supprimer certaines productions, de produire et de transporter moins de marchandises, de viser une sobriété heureuse. 

Cette transformation radicale exige de retirer le pouvoir aux grands groupes capitalistes de la finance, de l’énergie, de l’agro-industrie, etc., de les exproprier, afin de permettre une gestion commune et démocratique. Contrairement aux restructurations capitalistes, cette transformation ne peut se faire qu’en protégeant les salariéEs, en interdisant les licenciements et en garantissant salaires, droits et statuts et avec leur participation active. Leurs connaissances et expériences ont un rôle déterminant à jouer, en dialogue avec les usagerEs, dans des outils démocratiques chargés de restructurer ou de reconstruire les différents secteurs de l’agriculture, de l’industrie et des transports selon des critères sociaux et environnementaux. 

La réduction et le partage du temps de travail sont l’antidote au chômage et à la précarité. Mais aussi la condition pour avoir du temps pour s’occuper de soi, des autres, pour participer aux activités du quotidien, aux délibérations et décisions démocratiques, pour ne rien faire, pour simplement goûter les plaisirs de l’existence. 

Prendre soin, construire le commun

Un projet écosocialiste sera centré sur le soin, soin aux personnes, soin au vivant, soin à ce que nous appelons la nature. Aujourd’hui les tâches essentielles de santé, d’accueil des enfants, des personnes âgées et/ou dépendantes... sont dévalorisées, réalisées très majoritairement par les femmes, soit gratuitement au sein des familles, soit dans des emplois sous-payés et des conditions de travail épuisantes. Mettre le soin au centre exige la socialisation de ce travail avec des services publics organisés et contrôlés par les salariéEs et les usagerEs. Cette socialisation est indissociable du combat féministe contre la division genrée du travail et pour le partage des tâches. 

Prendre soin, ce n’est pas (seulement) soigner, réparer, c’est d’abord éviter de rendre nos organismes malades, de détruire le vivant, en préservant au maximum l’environnement. 

Les besoins essentiels – se loger, se déplacer, se nourrir, se chauffer, se soigner, travailler, étudier, se cultiver... – doivent être pensés à l’aune de critères à la fois sociaux et environnementaux définis collectivement et démocratiquement, leur accès pour touTEs doit être garanti en étendant le domaine de la gratuité et de la protection sociale. Une société écosocialiste est une société où seront généralisés le partage, l’échange, les usages communs, si indispensables à la vie en société.

Produire moins, produire mieux

Des productions inutiles, polluantes, dangereuses doivent disparaître. D’autres doivent diminuer ou être réorientées. En premier lieu, nous défendons la suppression du secteur de l’armement, outil de mort des colonisateurs dominateurs des peuples du Sud et gouffre sans fond de l’argent public. Une grande partie de l’industrie chimique qui empoisonne l’air, l’eau, le sol, les organismes vivants, le nucléaire, perpétuelle menace d’accident majeur, dont les déchets toxiques débordent des installations, doivent être abandonnés.

Il est nécessaire à la fois de réduire le volume de la production et de satisfaire les besoins sociaux de la population. Mais comment faire la différence entre les besoins artificiels, superflus et les besoins réels ? La publicité est un système de manipulation mentale dont la fonction est de créer de nouveaux besoins qui n’existeraient pas sans elle. Aiguillon redoutable de la surconsommation, pourvoyeuse de frustrations, elle représente aussi un énorme gaspillage d’énergie, de compétences humaines et de travail. Ce secteur doit être supprimé. 

Mais il faut aller plus loin, les objets produits ne sont pas neutres, ils sont conçus comme des marchandises qu’il faut vendre. Tout leur cycle de vie est concerné : matières premières et énergie nécessaires à leur production et utilisation, matériaux nocifs pour la santé de la population ou pour l’environnement, non-recyclables... À l’opposé de l’obsolescence programmée et du gaspillage, nous voulons des biens solides et durables, des objets qui peuvent être démontés et réparés, dont les pièces de rechange restent disponibles, conçus pour économiser l’énergie et les matières non renouvelables.

Une société écosocialiste mettrait « l’être » avant « l’avoir », l’accomplissement personnel dans des activités culturelles, ludiques, érotiques, artistiques, politiques plutôt que dans l’accumulation de biens. Mais ce n’est pas contradictoire avec un réenchantement artistique de la vie quotidienne, le comblement du fossé entre l’art et la vie, une démocratisation des beaux objets.

Moins de transports…une nécessité

Baisser les émissions de GES impose de diminuer massivement le secteur des transports qui émet près d’un tiers des GES. Villes et campagnes ont été remodelées par l’automobile. La cherté des loyers a repoussé les classes populaires à la périphérie des villes, dans des quartiers paupérisés par la crise. Les politiques menées par tous les gouvernants y ont supprimé, comme dans les zones rurales, les services publics, augmentant ainsi les distances à parcourir. Les suppressions d’emplois ont allongé les trajets domicile-travail. Le chômage a transformé ces quartiers en no man’s lands déshumanisés. Encouragés par une politique d’incitation à la propriété privée, les lotissements de maisons individuelles prolifèrent, modifiant profondément l’espace et faisant exploser les trajets quotidiens. Mais pour les habitantEs, souvent modestes, des campagnes pavillonnaires, c’est souvent l’obligation d’avoir une, voire deux voitures. Les horaires de travail décalés, fractionnés ont supprimé les transports collectifs assurés par les employeurs.

Pour répondre aux besoins de mobilité, combiné au vélo et à la marche, le développement massif des transports en commun sur tout le territoire (bus en ville, en zones périurbaines et rurales, trains intercités, trams, RER…) est indispensable ainsi que leur gratuité pour les déplacements du quotidien.

L’utilisation de la voiture doit dépérir. La voiture pour des trajets très courts est déraisonnable. Elle ne doit être utilisée que si le bus, le vélo, la marche ne sont pas possibles. Moins de voitures en circulation, c’est moins de pollution, donc un gain pour la santé. C’est aussi moins d’argent public englouti dans les routes, autoroutes, parkings... Le secteur automobile subit de profondes restructurations, aux dépens des travailleurs/ses, il peut jouer un rôle important dans la transition écologique de l’économie. L’appareil de production avec toute sa technicité peut servir à fabriquer des trams, des trains... dont on a besoin. L’usine Renault de Choisy-le-Roi peut reprendre la fabrication d’autorails pour la SNCF, comme elle l’a fait pendant des décennies. Même chose pour le transport aérien et maritime. 

Les loisirs n’échappent pas à l’explosion de la mobilité. Bouchons au moment des départs en vacances, « sauts de puces » en avions avec des billets pas chers car hyper subventionnés par les collectivités et les conditions de travail lamentables du personnel, croisières polluantes, il est grand temps de réfléchir à des loisirs soutenables pour la planète, hors des sentiers battus du consumérisme et du tape-à-l’œil. Le mouvement des Gilets jaunes a dénoncé l’inégalité entre les personnes obligées d’utiliser la voiture et les privilégiéEs qui prennent l’avion utilisant un kérosène détaxé. 

La relocalisation des productions au plus près des lieux de consommation fera diminuer les flux incessants de camions, d’avions, de cargos, transportant des marchandises dont on n’a pas forcément besoin, à travers le monde, selon la logique capitaliste du moindre coût. Pour ce qui restera à transporter : priorité au fret fluvial et ferroviaire. 

Des économies d’énergie, une meilleure efficacité

Les solutions existent pour produire l’électricité nécessaire à la satisfaction des besoins réels en sortant des énergies fossiles et en arrêtant le nucléaire. Cette production doit combiner les différentes sources d’énergies renouvelables. Le secteur doit redevenir un monopole public en dehors de toute marchandisation et logique de profit. Mais il faut avant tout baisser fortement les consommations. Un plan d’isolation thermique doit être engagé dans le secteur du logement. L’isolation des bâtiments mais aussi la construction dans les « trous » en ville ou la réhabilitation des maisons anciennes plutôt que bâtir des lotissements neufs, la réorganisation des espaces et des activités pour éviter de bétonner des zones, de rallonger les distances donc d’augmenter les transports... doivent guider les politiques d’aménagement des territoires. 

Une autre agriculture est possible

Il est urgent d’appliquer le principe de précaution sur l’utilisation des produits dits phytosanitaires, de cesser d’utiliser les intrants chimiques (engrais, pesticides, herbicides...) et préserver la biodiversité qui est un bien meilleur rempart contre les maladies et les ravageurs est indispensable. Indispensable aussi d’interdire les OGM et d’abroger la réglementation sur les semences. 

Mais il ne suffit pas de parler d’agriculture bio car bio ne veut pas dire écologique. Des hectares de serres chauffées ne peuvent en aucun cas être une solution souhaitable, pas plus que des productions ou des élevages qui reposent sur le travail d’ouvrierEs agricoles dont le statut est proche de l’esclavage, ou encore des élevages hors-sol dont les aliments proviennent de l’autre bout du monde. Les salariéEs de l’agriculture, des industries de l’agroalimentaire et de la grande distribution subissent aujourd’hui le coût social et sanitaire de la course au profit. Une politique agricole et agroalimentaire anticapitaliste et écosocialiste offrirait des emplois nombreux, utiles, plus riches et correctement rémunérés. 

Des circuits courts, de production, transformation et distribution, avec des ateliers de fabrication, reconstituerait un tissu économique de proximité détruit par les industries agroalimentaires et la grande distribution. La reconstitution de ceintures vivrières autour des villes combattrait le bétonnage et permettrait aux urbains de renouer avec les rythmes naturels des productions végétales. Une gestion foncière, coopérative, traiterait la terre comme un bien commun associant au droit d’usage le devoir de prendre soin. Alors qu’il est urgent de changer le rapport entre les villes et les campagnes, le retour à la terre ne serait pas synonyme d’un retour au passé mais d’élaboration de formes de productions autogérées, égalitaires et créatives, une réappropriation des savoir-faire par celles et ceux qui produisent. Les terres arables sont dégradées, au point de n’être plus qu’un substrat minéral exigeant un apport massif d’intrants chimiques. Pour créer des systèmes agricoles réellement durables, il est indispensable de rendre sa vie au sol (agroécologie, agroforesterie). Il n’y a pas une agroécologie qui viendrait d’en haut, mais des agroécologies qui varient en fonction des territoires, des cultures, des modes de vie. 

Un changement de l’alimentation est aussi incontournable, en particulier une réduction de la consommation carnée pour en finir avec l’industrie de la viande, « élevage » industriel, maltraitant pour les animaux, principal responsable de la déforestation et de l’expulsion des populations indigènes de leurs territoire, destructeur de biodiversité et… favorisant les pandémies. 

La transparence et la démocratie dans la gestion du foncier doivent s’imposer, à l’opposé des choix actuels qui privilégient systématiquement l’agrandissement des exploitations au détriment de l’installation et des pratiques alternatives. De même, il faut combattre les grands projets inutiles et destructeurs – autoroutes, aéroports, LGV, parcs de loisirs, centres commerciaux, barrages... – qui détruisent chaque année des terres agricoles. Grâce à l’unité très large et à la détermination des paysanNEs, des occupantEs, des riverainEs, des défenseurEs de l’environnement et de la biodiversité... il est possible de gagner comme le prouve la lutte exemplaire de Notre-Dame-des-Landes.

Planification démocratique et prise des décisions

L’abstention électorale de plus en plus massive a sonné le glas d’un système où les citoyenNEs ne se sentent pas représentéEs. La Convention citoyenne, bien qu’elle ne soit qu’une pâle contrefaçon à la sauce Macron, a laissé entrevoir que des citoyenNEs pouvaient s’emparer de questions importantes, réfléchir et proposer des réponses. À une autre échelle, avec d’autres garanties démocratiques, les grands choix devront faire l’objet de controverses éclairées par des expertises contradictoires et les décisions être prises selon un mode autogestionnaire, avec des représentantEs éluEs et révocables, devant rendre des comptes. 

L’écosocialisme, c’est aussi faire le pari de l’intelligence humaine, miser sur les innombrables capacités d’homo sapiens à prévoir, organiser, imaginer, inventer son avenir. Il est grand temps que le NPA mette au cœur de ses pratiques militantes le formidable outil de référence que représente l’écosocialisme.

 

Commission nationale écologie

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Pas d’émancipation sur une planète morte : écosocialisme ou barbarie !  Voir ?

L’écologie ne nous parle pas d’une crise supplémentaire qui vient s’ajouter aux autres, sociale, politique, démocratique... Elle nous parle des conditions matérielles de toutes nos luttes. 

Les phénomènes extrêmes, dus au bouleversement climatique, révèlent dramatiquement notre dépendance à l’égard de l’état de la planète. De même, la pandémie met en évidence notre extrême dépendance à l’égard de l’état de nos corps : qu’ils soient malades ou menacent de l’être, et une grande partie de l’économie s’arrête. Dans les deux cas, le productivisme inhérent au capitalisme est en cause, par les émissions de gaz à effet de serre (GES) dues à son intoxication aux énergies fossiles, par la déforestation, l’élevage industriel, la mondialisation capitaliste…

Parce que la possibilité même de construire une société émancipée dépend des moyens mis en œuvre pour conjurer les catastrophes en cours – pandémies, effondrement de la biodiversité, changement climatique, artificialisation des terres, pollution de l’air et de l’eau… –, l’écosocialisme est notre boussole politique, notre projet pour un monde nouveau. 

Il s’agit d’en finir avec le capitalisme, de sortir de la logique productiviste dans tous les domaines afin de bâtir d’autres mondes où la production ne sera plus dictée par le profit d’une minorité, mais au service des besoins sociaux. 

Le changement ne peut être que radical et anticapitaliste

Pour limiter autant que possible les fléaux provoqués par le basculement climatique, les experts du GIEC préconisent de contenir l’augmentation de la température à 1,5°C (par rapport à l’époque préindustrielle) et de diminuer drastiquement les émissions de gaz à effet de serre (GES). Pour cela, pas d’autres choix que de laisser 80 % des ressources fossiles sous terre, de supprimer certaines productions, de produire et de transporter moins de marchandises, de viser une sobriété heureuse. 

Cette transformation radicale exige de retirer le pouvoir aux grands groupes capitalistes de la finance, de l’énergie, de l’agro-industrie, etc., de les exproprier, afin de permettre une gestion commune et démocratique. Contrairement aux restructurations capitalistes, cette transformation ne peut se faire qu’en protégeant les salariéEs, en interdisant les licenciements et en garantissant salaires, droits et statuts et avec leur participation active. Leurs connaissances et expériences ont un rôle déterminant à jouer, en dialogue avec les usagerEs, dans des outils démocratiques chargés de restructurer ou de reconstruire les différents secteurs de l’agriculture, de l’industrie et des transports selon des critères sociaux et environnementaux. 

La réduction et le partage du temps de travail sont l’antidote au chômage et à la précarité. Mais aussi la condition pour avoir du temps pour s’occuper de soi, des autres, pour participer aux activités du quotidien, aux délibérations et décisions démocratiques, pour ne rien faire, pour simplement goûter les plaisirs de l’existence. 

Prendre soin, construire le commun

Un projet écosocialiste sera centré sur le soin, soin aux personnes, soin au vivant, soin à ce que nous appelons la nature. Aujourd’hui les tâches essentielles de santé, d’accueil des enfants, des personnes âgées et/ou dépendantes... sont dévalorisées, réalisées très majoritairement par les femmes, soit gratuitement au sein des familles, soit dans des emplois sous-payés et des conditions de travail épuisantes. Mettre le soin au centre exige la socialisation de ce travail avec des services publics organisés et contrôlés par les salariéEs et les usagerEs. Cette socialisation est indissociable du combat féministe contre la division genrée du travail et pour le partage des tâches. 

Prendre soin, ce n’est pas (seulement) soigner, réparer, c’est d’abord éviter de rendre nos organismes malades, de détruire le vivant, en préservant au maximum l’environnement. 

Les besoins essentiels – se loger, se déplacer, se nourrir, se chauffer, se soigner, travailler, étudier, se cultiver... – doivent être pensés à l’aune de critères à la fois sociaux et environnementaux définis collectivement et démocratiquement, leur accès pour touTEs doit être garanti en étendant le domaine de la gratuité et de la protection sociale. Une société écosocialiste est une société où seront généralisés le partage, l’échange, les usages communs, si indispensables à la vie en société.

Produire moins, produire mieux

Des productions inutiles, polluantes, dangereuses doivent disparaître. D’autres doivent diminuer ou être réorientées. En premier lieu, nous défendons la suppression du secteur de l’armement, outil de mort des colonisateurs dominateurs des peuples du Sud et gouffre sans fond de l’argent public. Une grande partie de l’industrie chimique qui empoisonne l’air, l’eau, le sol, les organismes vivants, le nucléaire, perpétuelle menace d’accident majeur, dont les déchets toxiques débordent des installations, doivent être abandonnés.

Il est nécessaire à la fois de réduire le volume de la production et de satisfaire les besoins sociaux de la population. Mais comment faire la différence entre les besoins artificiels, superflus et les besoins réels ? La publicité est un système de manipulation mentale dont la fonction est de créer de nouveaux besoins qui n’existeraient pas sans elle. Aiguillon redoutable de la surconsommation, pourvoyeuse de frustrations, elle représente aussi un énorme gaspillage d’énergie, de compétences humaines et de travail. Ce secteur doit être supprimé. 

Mais il faut aller plus loin, les objets produits ne sont pas neutres, ils sont conçus comme des marchandises qu’il faut vendre. Tout leur cycle de vie est concerné : matières premières et énergie nécessaires à leur production et utilisation, matériaux nocifs pour la santé de la population ou pour l’environnement, non-recyclables... À l’opposé de l’obsolescence programmée et du gaspillage, nous voulons des biens solides et durables, des objets qui peuvent être démontés et réparés, dont les pièces de rechange restent disponibles, conçus pour économiser l’énergie et les matières non renouvelables.

Une société écosocialiste mettrait « l’être » avant « l’avoir », l’accomplissement personnel dans des activités culturelles, ludiques, érotiques, artistiques, politiques plutôt que dans l’accumulation de biens. Mais ce n’est pas contradictoire avec un réenchantement artistique de la vie quotidienne, le comblement du fossé entre l’art et la vie, une démocratisation des beaux objets.

Moins de transports…une nécessité

Baisser les émissions de GES impose de diminuer massivement le secteur des transports qui émet près d’un tiers des GES. Villes et campagnes ont été remodelées par l’automobile. La cherté des loyers a repoussé les classes populaires à la périphérie des villes, dans des quartiers paupérisés par la crise. Les politiques menées par tous les gouvernants y ont supprimé, comme dans les zones rurales, les services publics, augmentant ainsi les distances à parcourir. Les suppressions d’emplois ont allongé les trajets domicile-travail. Le chômage a transformé ces quartiers en no man’s lands déshumanisés. Encouragés par une politique d’incitation à la propriété privée, les lotissements de maisons individuelles prolifèrent, modifiant profondément l’espace et faisant exploser les trajets quotidiens. Mais pour les habitantEs, souvent modestes, des campagnes pavillonnaires, c’est souvent l’obligation d’avoir une, voire deux voitures. Les horaires de travail décalés, fractionnés ont supprimé les transports collectifs assurés par les employeurs.

Pour répondre aux besoins de mobilité, combiné au vélo et à la marche, le développement massif des transports en commun sur tout le territoire (bus en ville, en zones périurbaines et rurales, trains intercités, trams, RER…) est indispensable ainsi que leur gratuité pour les déplacements du quotidien.

L’utilisation de la voiture doit dépérir. La voiture pour des trajets très courts est déraisonnable. Elle ne doit être utilisée que si le bus, le vélo, la marche ne sont pas possibles. Moins de voitures en circulation, c’est moins de pollution, donc un gain pour la santé. C’est aussi moins d’argent public englouti dans les routes, autoroutes, parkings... Le secteur automobile subit de profondes restructurations, aux dépens des travailleurs/ses, il peut jouer un rôle important dans la transition écologique de l’économie. L’appareil de production avec toute sa technicité peut servir à fabriquer des trams, des trains... dont on a besoin. L’usine Renault de Choisy-le-Roi peut reprendre la fabrication d’autorails pour la SNCF, comme elle l’a fait pendant des décennies. Même chose pour le transport aérien et maritime. 

Les loisirs n’échappent pas à l’explosion de la mobilité. Bouchons au moment des départs en vacances, « sauts de puces » en avions avec des billets pas chers car hyper subventionnés par les collectivités et les conditions de travail lamentables du personnel, croisières polluantes, il est grand temps de réfléchir à des loisirs soutenables pour la planète, hors des sentiers battus du consumérisme et du tape-à-l’œil. Le mouvement des Gilets jaunes a dénoncé l’inégalité entre les personnes obligées d’utiliser la voiture et les privilégiéEs qui prennent l’avion utilisant un kérosène détaxé. 

La relocalisation des productions au plus près des lieux de consommation fera diminuer les flux incessants de camions, d’avions, de cargos, transportant des marchandises dont on n’a pas forcément besoin, à travers le monde, selon la logique capitaliste du moindre coût. Pour ce qui restera à transporter : priorité au fret fluvial et ferroviaire. 

Des économies d’énergie, une meilleure efficacité

Les solutions existent pour produire l’électricité nécessaire à la satisfaction des besoins réels en sortant des énergies fossiles et en arrêtant le nucléaire. Cette production doit combiner les différentes sources d’énergies renouvelables. Le secteur doit redevenir un monopole public en dehors de toute marchandisation et logique de profit. Mais il faut avant tout baisser fortement les consommations. Un plan d’isolation thermique doit être engagé dans le secteur du logement. L’isolation des bâtiments mais aussi la construction dans les « trous » en ville ou la réhabilitation des maisons anciennes plutôt que bâtir des lotissements neufs, la réorganisation des espaces et des activités pour éviter de bétonner des zones, de rallonger les distances donc d’augmenter les transports... doivent guider les politiques d’aménagement des territoires. 

Une autre agriculture est possible

Il est urgent d’appliquer le principe de précaution sur l’utilisation des produits dits phytosanitaires, de cesser d’utiliser les intrants chimiques (engrais, pesticides, herbicides...) et préserver la biodiversité qui est un bien meilleur rempart contre les maladies et les ravageurs est indispensable. Indispensable aussi d’interdire les OGM et d’abroger la réglementation sur les semences. 

Mais il ne suffit pas de parler d’agriculture bio car bio ne veut pas dire écologique. Des hectares de serres chauffées ne peuvent en aucun cas être une solution souhaitable, pas plus que des productions ou des élevages qui reposent sur le travail d’ouvrierEs agricoles dont le statut est proche de l’esclavage, ou encore des élevages hors-sol dont les aliments proviennent de l’autre bout du monde. Les salariéEs de l’agriculture, des industries de l’agroalimentaire et de la grande distribution subissent aujourd’hui le coût social et sanitaire de la course au profit. Une politique agricole et agroalimentaire anticapitaliste et écosocialiste offrirait des emplois nombreux, utiles, plus riches et correctement rémunérés. 

Des circuits courts, de production, transformation et distribution, avec des ateliers de fabrication, reconstituerait un tissu économique de proximité détruit par les industries agroalimentaires et la grande distribution. La reconstitution de ceintures vivrières autour des villes combattrait le bétonnage et permettrait aux urbains de renouer avec les rythmes naturels des productions végétales. Une gestion foncière, coopérative, traiterait la terre comme un bien commun associant au droit d’usage le devoir de prendre soin. Alors qu’il est urgent de changer le rapport entre les villes et les campagnes, le retour à la terre ne serait pas synonyme d’un retour au passé mais d’élaboration de formes de productions autogérées, égalitaires et créatives, une réappropriation des savoir-faire par celles et ceux qui produisent. Les terres arables sont dégradées, au point de n’être plus qu’un substrat minéral exigeant un apport massif d’intrants chimiques. Pour créer des systèmes agricoles réellement durables, il est indispensable de rendre sa vie au sol (agroécologie, agroforesterie). Il n’y a pas une agroécologie qui viendrait d’en haut, mais des agroécologies qui varient en fonction des territoires, des cultures, des modes de vie. 

Un changement de l’alimentation est aussi incontournable, en particulier une réduction de la consommation carnée pour en finir avec l’industrie de la viande, « élevage » industriel, maltraitant pour les animaux, principal responsable de la déforestation et de l’expulsion des populations indigènes de leurs territoire, destructeur de biodiversité et… favorisant les pandémies. 

La transparence et la démocratie dans la gestion du foncier doivent s’imposer, à l’opposé des choix actuels qui privilégient systématiquement l’agrandissement des exploitations au détriment de l’installation et des pratiques alternatives. De même, il faut combattre les grands projets inutiles et destructeurs – autoroutes, aéroports, LGV, parcs de loisirs, centres commerciaux, barrages... – qui détruisent chaque année des terres agricoles. Grâce à l’unité très large et à la détermination des paysanNEs, des occupantEs, des riverainEs, des défenseurEs de l’environnement et de la biodiversité... il est possible de gagner comme le prouve la lutte exemplaire de Notre-Dame-des-Landes.

Planification démocratique et prise des décisions

L’abstention électorale de plus en plus massive a sonné le glas d’un système où les citoyenNEs ne se sentent pas représentéEs. La Convention citoyenne, bien qu’elle ne soit qu’une pâle contrefaçon à la sauce Macron, a laissé entrevoir que des citoyenNEs pouvaient s’emparer de questions importantes, réfléchir et proposer des réponses. À une autre échelle, avec d’autres garanties démocratiques, les grands choix devront faire l’objet de controverses éclairées par des expertises contradictoires et les décisions être prises selon un mode autogestionnaire, avec des représentantEs éluEs et révocables, devant rendre des comptes. 

L’écosocialisme, c’est aussi faire le pari de l’intelligence humaine, miser sur les innombrables capacités d’homo sapiens à prévoir, organiser, imaginer, inventer son avenir. Il est grand temps que le NPA mette au cœur de ses pratiques militantes le formidable outil de référence que représente l’écosocialisme.

 

Commission nationale écologie

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(27/07/2020 10h22)

« Oh non, Monsieur, on continue comme ça »  Voir ?

Le retour en classe à l’issue du confinement ne s’est pas fait sans difficultés au sein des établissement, loin s’en faut. Les différentes versions du protocole sanitaire qui se sont succédées et les injonctions du Ministère qui se délestait des contraintes organisationnelles sur le niveau local ont créé une multitude de situations.

Parmi celles-ci, et malgré des contraintes sanitaires fortes dont le port du masque pour les collégiens, certaines méritent qu’on s’y arrête… car parfois, ce qui était demandé depuis des années par les acteurs de terrain, ce qui étaient hier impensable, déraisonnable, utopique a été réalisé.

Des groupes de 10 à 15 élèves

La période où seuls les volontaires étaient accueillis a permis de vivre, à grande échelle, une organisation scolaire avec des groupes d’élèves de 10 à 15. Chaque enfant pouvait avoir l’attention de l’adulte… et les enseignants pouvaient vérifier la bonne compréhension de chacun de ces élèves ! Exceptionnel au sein de l’éducation nationale.

Une autre organisation du temps et de l’espace

Dans nombre de collèges, les emplois du temps ont été revus, avec des cours d’une heure et demie entrecoupés de pauses de 30 minutes ou de la pause repas. Quatre fois une heure et demie par jour, soit 6 heures par jour, avec de vrais temps de pause… Fini les enchaînements de sept cours différents dans la journée, avec les changements de salle systématique, avec sept fois ses affaires à sortir par jour et sept fois ses affaires à ranger… et rapidement s’il vous plaît, on n’a pas que ça à faire ! Chaque classe avait sa salle. Chaque élève avait son espace, qu’il a pu commencer à organiser.

Des structures à taille humaine

Le nombre d’élèves accueillis étant limité et, pour une fois, on a pu vivre au sein de structures à taille humaine, sans être entassés, bousculés. Et malgré les distances à respecter, s’en était provisoirement fini des files d’attente, des bousculades dans les escaliers. On a aussi constaté une baisse très nette du niveau sonore, notamment dans les couloirs, les récréations, la cantine…

Des adultes disponibles

La pression sur les adultes était forte sur la période avec des contraintes sanitaires fortes, après des semaines de confinement éprouvantes. Et pourtant, les conditions de classe ont fait que les temps d’enseignement se sont révélés efficaces. Petit groupe, calme, rythme apaisé… On a redécouvert que pour apprendre mieux, il ne faut pas forcément apprendre plus, mais apprendre dans de bonnes conditions. Nous avons souvent ont été surpris de finir sans difficulté ce que nous avions prévu pour nos séances et avons pu faire le constat que l’efficacité de notre enseignement ne reposait pas uniquement sur des questions de motivation ou de quantité de travail, mais de conditions de travail et de vie au sein des établissements. Sans doute le fait que nombre d’enseignantEs se soient délestéEs de la pression des programmes a pu jouer aussi dans la sérénité de la relation pédagogique.

« C’est bien comme ça finalement »

Après trois semaines de travail dans ces conditions, les retours des élèves étaient souvent très positifs. Certes, certaines contraintes étaient pesantes comme l’impossibilité d’échanger du matériel, de travailler en groupes, de pouvoir se déplacer librement et bien entendu et en premier lieu, l’obligation du port du masque. Mais malgré tout, certains aspects de cette organisation exceptionnelle ont été très bien vécus par les élèves. À tel point que certains ne voulaient pas que d’autres élèves reviennent en classe et voulaient profiter de cette organisation plus longtemps… ce qui doit nous interroger sur l’école que nous voulons mettre en place.

 

Julien Besac

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Le retour en classe à l’issue du confinement ne s’est pas fait sans difficultés au sein des établissement, loin s’en faut. Les différentes versions du protocole sanitaire qui se sont succédées et les injonctions du Ministère qui se délestait des contraintes organisationnelles sur le niveau local ont créé une multitude de situations.

Parmi celles-ci, et malgré des contraintes sanitaires fortes dont le port du masque pour les collégiens, certaines méritent qu’on s’y arrête… car parfois, ce qui était demandé depuis des années par les acteurs de terrain, ce qui étaient hier impensable, déraisonnable, utopique a été réalisé.

Des groupes de 10 à 15 élèves

La période où seuls les volontaires étaient accueillis a permis de vivre, à grande échelle, une organisation scolaire avec des groupes d’élèves de 10 à 15. Chaque enfant pouvait avoir l’attention de l’adulte… et les enseignants pouvaient vérifier la bonne compréhension de chacun de ces élèves ! Exceptionnel au sein de l’éducation nationale.

Une autre organisation du temps et de l’espace

Dans nombre de collèges, les emplois du temps ont été revus, avec des cours d’une heure et demie entrecoupés de pauses de 30 minutes ou de la pause repas. Quatre fois une heure et demie par jour, soit 6 heures par jour, avec de vrais temps de pause… Fini les enchaînements de sept cours différents dans la journée, avec les changements de salle systématique, avec sept fois ses affaires à sortir par jour et sept fois ses affaires à ranger… et rapidement s’il vous plaît, on n’a pas que ça à faire ! Chaque classe avait sa salle. Chaque élève avait son espace, qu’il a pu commencer à organiser.

Des structures à taille humaine

Le nombre d’élèves accueillis étant limité et, pour une fois, on a pu vivre au sein de structures à taille humaine, sans être entassés, bousculés. Et malgré les distances à respecter, s’en était provisoirement fini des files d’attente, des bousculades dans les escaliers. On a aussi constaté une baisse très nette du niveau sonore, notamment dans les couloirs, les récréations, la cantine…

Des adultes disponibles

La pression sur les adultes était forte sur la période avec des contraintes sanitaires fortes, après des semaines de confinement éprouvantes. Et pourtant, les conditions de classe ont fait que les temps d’enseignement se sont révélés efficaces. Petit groupe, calme, rythme apaisé… On a redécouvert que pour apprendre mieux, il ne faut pas forcément apprendre plus, mais apprendre dans de bonnes conditions. Nous avons souvent ont été surpris de finir sans difficulté ce que nous avions prévu pour nos séances et avons pu faire le constat que l’efficacité de notre enseignement ne reposait pas uniquement sur des questions de motivation ou de quantité de travail, mais de conditions de travail et de vie au sein des établissements. Sans doute le fait que nombre d’enseignantEs se soient délestéEs de la pression des programmes a pu jouer aussi dans la sérénité de la relation pédagogique.

« C’est bien comme ça finalement »

Après trois semaines de travail dans ces conditions, les retours des élèves étaient souvent très positifs. Certes, certaines contraintes étaient pesantes comme l’impossibilité d’échanger du matériel, de travailler en groupes, de pouvoir se déplacer librement et bien entendu et en premier lieu, l’obligation du port du masque. Mais malgré tout, certains aspects de cette organisation exceptionnelle ont été très bien vécus par les élèves. À tel point que certains ne voulaient pas que d’autres élèves reviennent en classe et voulaient profiter de cette organisation plus longtemps… ce qui doit nous interroger sur l’école que nous voulons mettre en place.

 

Julien Besac

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(27/07/2020 10h19)

Dernière mise à jour : 03/08/2020 23h55

 
 
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