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L'amiante, interdite depuis 1997 a bien souvent été remplacée par des fibres céramiques réfractaires. Aujourd'hui l'interrogation subsiste quand à ce matériau, révélé cancérogène sur des études portant sur des amimaux.
Le magazine Viva consacre un dossier à ce sujet
 

Dossier

Après l’amiante, les fibres réfractaires

Un danger chasse l’autre

Bis repetita ? Les fibres céramiques, utilisées pour remplacer l’amiante - dont on estime qu’il sera responsable de quelque 100 000 morts dans les vingt ans à venir -, sont soupçonnées à leur tour d’être cancérogènes. Comment éviter un nouveau drame sanitaire ?

« Ce sont des fibres céramiques réfractaires (Fcr), que l’on retrouvera sur la série Millenium de nos paquebots lorsqu’on les désarmera », témoigne Guy Baudet, ex-ouvrier tuyauteur aux Chantiers navals de l’Atlantique. Il ne veut pas que l’histoire tragique de l’amiante se répète, au moment où il s’insurge contre l’envoi du porte-avions Clemenceau, encore plein de ses 500 tonnes d’amiante, vers les chantiers indiens.

Produites en Europe depuis les années 1960, les Fcr ont souvent pris la place de l’amiante comme isolant thermique, au fur et à mesure que l’usage de celui-ci se restreignait, jusqu’à son interdiction totale, en 1997. Résultat : on en trouve au­jourd’hui un peu partout.
Pourtant, leur utilisation n’est pas sans risques. De nombreuses études menées sur des animaux « ont clairement montré un potentiel tumorigène pour les différentes voies d’administration, y compris l’inhalation », comme l’a établi une expertise collective réalisée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en 1998.
Ces résultats ont amené le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) à classer les fibres céramiques réfractaires comme cancérogènes de catégorie 2, celle des matériaux représentant un « danger reconnu sur l’animal et suspecté sur l’homme ».

Chercheurs contre lobby industriel
Ce classement a été repris fin 1997 par l’Union européenne. Les Fcr doivent donc être étique­tées « T », comme « toxique », avec les mentions « peut causer le cancer par inhalation » et « irritant pour la peau ». Une « Etude sur la santé respiratoire des travailleurs de l’industrie européenne des fibres céramiques réfractaires », menée en 2001 avec la participation de l’Ins­titut national de recherche en sécurité (Inrs) et de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), a confirmé le lien entre des symptômes respiratoires et « un effet irritant des Fcr ».

Une autre étude mise sur pied par l’Inrs devait être réalisée par ­l’Institut national de veille sanitaire (Invs) en 2005 afin de vérifier les incidences de l’utilisation et de la fabrication des fibres sur la santé. Mais elle n’a pu voir le jour.
« L’abord choisi par les épidémiologistes de l’Inrs, qui est parfait sur le plan scientifique, s’est heurté à des difficultés opérationnelles », explique le directeur de l’Invs, Gilles Brücker. Sous prétexte de protéger la vie privée de leurs salariés, les entreprises concernées ont refusé de participer à l’enquête, rendant impossible tout travail statistique.
Et, arguant de l’absence d’étude probante, les industriels contestent la dangerosité des fibres céramiques. « Les études menées depuis plus de quarante ans n’ont jamais mis en évidence de lien entre l’utilisation des Fcr et l’existence d’un risque accru de cancer pour l’homme », explique l’Ecfia, une association qui regroupe les industriels des laines d’isolation hautes températures, fonctionne comme un véritable lobby patronal et milite activement pour l’abandon de la classification actuelle par l’Union européenne.

Mais attention, souligne Marie Pascual, médecin du travail dans le Val-de-Marne, « bien qu’expertises et études soient nécessaires, il n’est pas question d’être renvoyé des unes aux autres ».
C’est du côté des salariés qu’il faut chercher la réponse, explique-t-elle : « Sans contre-pouvoir social face à des intérêts économiques forts, on mesurera les dégâts trop tard, comme pour l’amiante. Il faut que les salariés soient vigilants dès maintenant, pistent les fibres céramiques réfractaires et exigent des mesures de prévention. »

Mauvaise surprise à Gonfreville-l’Orcher

L’exemple de l’amiante n’a pas servi : des ouvriers travaillent des fibres céramiques sans précautions particulières. Exemple en Normandie, où salariés et élus s’indignent.

Gonfreville-l’Orcher, en Normandie. A la raffinerie Total, en novembre 2005. Philippe Saunier, responsable du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (Chsct), fait une tournée d’inspection sur le site, en compagnie d’élus et du médecin du travail.
« Nous nous sommes trouvés face à une équipe d’ouvriers qui travaillaient dans le conteneur même de livraison de fibres céramiques. Les cartons étaient stockés en vrac. Et la fibre était là, à même le plancher. Inutile de préciser que ces salariés, dont certains venaient de Pologne, n’avaient ni formation ni information sur la toxicité des produits qu’ils manipulaient. »

Une situation isolée ou accidentelle ? Michel Coste, responsable fédéral Cgt pour les questions de sécurité, n’y croit pas un instant. « Il a fallu que les salariés d’Ascométal à Fos-sur-Mer et leurs élus s’en mêlent pour imposer des procédures de sécurité analogues à celles utilisées pour l’amiante lors des changements de revêtement des fours », témoigne-t-il.
Pour cet élu, les salariés les plus en danger sont ceux qui travaillent pour la sous-traitance : « Ce sont souvent des précaires, nomades. Ils sont mal informés, et il n’y a aucun contrôle social si on leur confie des taches qui les mettent en danger. » Que dire des chauffagistes, des garagistes, des réparateurs qui sont amenés à manipuler des matériaux pouvant contenir ces fibres céramiques ? « On leur fournit une fiche s’ils le veulent », nous explique un revendeur.

Des statistiques floues

Souvent, dans les entreprises, on introduit les fibres céramiques sans information préalable des salariés.

En France, entre 15 000 et 20 000 personnes seraient en contact professionnel avec les fibres céra­miques réfractaires, selon une étude de l’Inrs. Un chiffre contesté par les industriels, qui affirment qu’il y en aurait tout au plus 4 000.

Mais comment être aussi affirmatif lorsque les intéressés ignorent souvent la nature des matériaux qu’ils manipulent ? « Aux Chantiers de l’Atlantique, lorsque l’on travaillait sur la série des paquebots Millenium, se souvient Guy Baudet, on s’est trouvés un jour face à un matériau différent de celui que l’on avait l’habitude de voir. Ce n’était ni de la laine de roche, ni de la laine de verre. C’est resté sans protection, une nappe de plusieurs mètres carrés. Avec une circulation d’air importante. Ce n’est qu’après avoir demandé et obtenu des analyses que nous avons su qu’il s’agissait de fibres céramiques réfractaires. »

Qu’est-ce-c’est ?

D’un diamètre de 1 à 3 mil­liè­mes de millimètre, les fibres céramiques réfractaires, composées de silice et d’alumine, résistent à des températures de 1 200 0C, voire 1 400 lorsqu’on y adjoint un oxyde de zirconium.
Les Fcr ont, en vrac ou en nappe, un aspect blanc et cotonneux. Les matériaux qui en sont issus peuvent se présenter sous forme de panneaux, de tresses, de feutre, de colles, de béton, etc. Au-delà de 1 000 0C, explique le ­toxicologue Henri Pézerat, « les fibres céramiques vitreuses cristallisent pour donner de la mullite et de la cristobalite, une variété de silice cristalline classée cancérogène pour l’homme. L’analyse de la structure de ces fibres fait redouter que, outre leurs effets irritants, elles ne causent les mêmes affections que celles dues à l’amiante : plaques pleurales, voire mésothéliomes ».

Un lobby industriel puissant

Représentante de l’industrie des laines d’isolation hautes températures, l’Ecfia, dont la mission avouée est d’« améliorer l’hygiène et la sécurité dans les activités de fabrication et d’utilisation des laines d’isolation hautes températures », comme le dit son document de présentation, vient d’engager auprès de l’Union européenne une requête pour que soit reconsidérée la classification des fibres céramiques réfractaires (Fcr) parmi les produits cancérogènes.

Actuellement, les Fcr font partie des 250 substances cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction répertoriée par l’Union européenne.
Elles sont classées dans la catégorie 2, qui définit « les substances devant être assimilées à des substances cancérogènes pour l’homme, ce qui signifie que la présomption que l’exposition de l’homme à de telles substances puisse provoquer un cancer est forte ».

Chantage à l’emploi
A l’appui de sa demande, ­l’Ecfia produit une étude sortie en janvier 2005*, qui suggère qu’il serait approprié que les Fcr pas­sent en catégorie 3b : « Subs­tances insuffisamment étudiées ; les données disponibles sont inadéquates, mais sont préoccupantes pour l’homme. Cette classification est provisoire ; des expériences complémentaires sont nécessaires avant de prendre la décision finale. »

Précision : l’étude a été financée par l’Ecfia elle-même. Sans vouloir préjuger de l’indépendance scientifique de ses auteurs, il est pour le moins pertinent de se demander qui a intérêt à ce que la législation mise en place pour protéger la santé des salariés soit allégée et à abaisser le seuil de précaution en attendant que se multiplient les études...
Comment l’Ecfia peut-elle remplir sa fameuse « mission » si ceux qui l’ont fondée (en 1979) et qui la composent sont persuadés que le danger est surévalué ?

Toujours - sans doute - par souci d’améliorer l’hygiène et la sécurité, l’association tient à préciser qu’une interdiction des Fcr entraînerait la suppression directe de 510 emplois, une baisse de compétitivité, des risques de délocalisation et une augmentation des gaz à effet de serre...

* « Survey of Biological Effects of Refractory Ceramic Fibres : Overload and its Possible Consequences », R. C. Brown et al. in Journal of British Occupational Hygiene Society.

Fcr, mode d’emploi patronal

« Aucune maladie n’a été associée à l’exposition aux fibres céramiques réfractaires, bien que ces fibres soient utilisées depuis plus de quarante ans. Des études épidémiologiques de morbidité respiratoire ont été conduites sur les employés des industries de production en Europe et aux Etats-Unis. Dans l’étude américaine, une association statistiquement significative entre l’exposition aux Fcr et les plaques pleurales a été rapportée, mais n’a pas été confirmée en Europe. Les plaques n’évoluent pas sous la forme de pathologies pulmonaires. »

J’ai acheté des fibres céramiques

La réglementation interdit la vente de tout produit ou préparation contenant plus de 0,1 % de fibres céramiques réfractaires.
Mais, ayant décidé de me construire, en m’inspirant de plans trouvés sur Internet, un four à raku, ces magnifiques poteries nécessitant un chauffage très élevé, j’ai appelé Unifrax, à Lorette dans la Loire, pour qu’ils me communiquent l’adresse de leurs revendeurs, en insistant bien sur le fait que j’étais un particulier, un amateur.
Le premier distributeur que j’ai contacté, dans la région lyonnaise, a refusé de me vendre mes 3 mètres carrés de fibres céramiques en nappe. Re-coup de téléphone chez Unifrax. Je me plains de ne pas pouvoir construire mon four. On m’indique alors un deuxième distributeur, que j’appelle dans la foulée. Il m’en coûtera 118,28 € pour ma nappe en fibres céramiques. « Bien sûr, me dit mon interlocuteur, il existe des fibres bio ou minérales, mais c’est plus cher. »

« Non aux cobayes humains »

Entretien avec Henri Pézerat, toxicologue, directeur de recherche honoraire au Cnrs.

Vous avez été l’un des principaux acteurs du bannissement de l’amiante, et maintenant vous alertez pouvoirs publics et population sur la dangerosité des fibres céramiques réfractaires, qui l’ont remplacé dans quelques applications. Les leçons de l’amiante n’ont donc pas suffi ?
Depuis 1998, plusieurs associations - Alert, Andeva, Addeva 76, Ardeva Nord-Pas-de-Calais - impliquées dans la lutte contre l’amiante interpellent les pouvoirs publics afin qu’ils mettent en place une réelle politique de prévention face aux risques que représente l’emploi des fibres céramiques réfractaires (Fcr). En vain.
Le 4 septembre 2001, le courrier qu’elles ont envoyé à Lionel Jospin, alors Premier ministre, et à une vingtaine d’autres responsables ministériels ne leur a valu que quelques réponses évasives.
Le 8 août 2002, François Fillon, ministre du Travail, est saisi par l’Ardeva du Nord-Pas-de-Calais afin qu’il prenne des mesures de précaution immédiates. Toujours en vain.
L’association en appelle alors aux parlementaires pour qu’ils interrogent le ministre. La réponse parvient à une sénatrice en novembre 2003 ! Promesse y est faite que des décisions rapides vont bientôt être prises. Rien encore.
En janvier 2005, toute décision est renvoyée à des propositions d’experts, de commissions ou d’enquêtes futures. Autant de prétextes à l’inaction.
Il n’y a qu’à voir l’enquête épidémiologique projetée par l’Inrs, dont nous avons appris récemment qu’elle ne pourrait être réalisée, les industriels ayant refusé de collaborer.

On ne dispose pas d’enquête épidémiologique probante. Est-ce une des raisons pour lesquelles ce dossier traîne ? C’est en effet une des raisons, mais il y en d’autres, objectives. Les maladies broncho-pulmo­naires provoquées par les Fcr se déclarent - comme celles causées par l’amiante - après un temps de latence de quinze à trente-cinq ans.
Par ailleurs, les fibres céramiques ayant pour partie remplacé l’amiante dans certains domaines, il peut y avoir un effet d’écran dû à l’amiante.
Mais ce ne sont pas là des raisons pour ne pas protéger immédiatement les salariés : les travaux des toxicologues et des études américaines ont montré la dangerosité des Fcr. Les ­enquêtes épidémiologiques servent à confirmer ce que les toxicologues et les cliniciens ont observé.
Pourquoi tergiverser avant de prendre des dispositions ? Cela n’a aucun sens, c’est même immoral sur le plan de la santé publique. Les salariés exposés sont autant de cobayes humains.
La raison principale est qu’il s’agit d’un problème social, et, sans un mouvement social, d’opinion, il est difficile de faire avancer un dossier de santé publique où les intérêts économiques des industriels sont en jeu. C’est une des leçons du scandale de l’amiante.

Que peut-on faire ?
Pour l’instant, dans la mesure où on ne dispose pas d’un produit de remplacement, il ne faut pas utiliser les fibres réfractaires n’importe comment : il convient d’en réserver l’usage aux très hautes tempéra­tures et d’interdire leur utilisation en dessous de 1 200 C. Au-delà de 800 C, on peut utiliser des laines d’isolation hautes températures, moins dangereuses que les Fcr.
Il faut en premier lieu faire ­appliquer la loi, ce qui est loin d’être le cas. Mise en place obligatoire de systèmes d’aspiration dans les lieux de travail, étiquetage, traitement des déchets à l’égal de ceux de l’amiante, information des salariés, etc.
Par ailleurs, il faut également appliquer la législation « amiante » au suivi médical des salariés. Chaque travailleur exposé doit disposer d’une fiche et d’une attestation d’exposition.
Enfin, il faut que la valeur limite de teneur en fibres par centimètre cube soit revue à la baisse et que son respect soit rendu réglementaire. Pour l’instant, cette valeur n’est qu’indicative. Il faut descendre de 0,6 à 0,1 fibre par centimètre cube et prendre les mesures sur une heure, au moment des pics d’empoussièrement, et non sur huit comme c’est le cas actuellement.

Extrait du magazine VIVAdu 3/03/2006


Date de création : 11/11/2007 11h27
Catégorie : - CHSCT
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